La prière synagogale. Ses origines, son développement et son état actuel, Kurt Hruby

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Révision et réédition: Menahem Macina

Dans les quelques lignes, intitulées "Liminaire", qu'il consacrait, en 1981, à la présentation de son travail, l'auteur écrivait: "Le présent travail est fragmentaire. Conçu, il y a plus de vingt-cinq ans [soit en 1957 !], comme un cours d’initiation à la liturgie synagogale, il n’a pas pu être continué au-delà d’une introduction générale et d’un aperçu partiel sur la prière du matin. Si, malgré cela, nous le livrons tel qu’il se présente à la diffusion, c’est que certains éléments que ce travail contient peuvent néanmoins apporter une information valable dans un domaine où les publications en langue française font toujours en grande partie défaut. Nous ne pouvons que souhaiter que ce travail soit un jour continué et complété." Cette brochure étant devenue pratiquement introuvable, nous avons cru utile d'en diffuser le contenu à l'attention non seulement des spécialistes, mais du grand public cultivé.

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Description du livre

En novembre 1938 – il y a presque 70 ans -, le jeune Kurt Hruby quittait à pied l’Autriche. Sa mère appartenait à une vieille famille juive et pieuse où il passa ses premières années et acquit un sens inné de la foi des ancêtres. Il fut chrétien par son père, violoniste viennois non-croyant, dont la famille fut liée à l’une des autorités les plus importantes du régime hitlérien en Autriche. Il fréquenta le lycée de la vallée Sankt Gall, en territoire suisse, lequel fut investi par les Nazis au moment de l’Anschluss, contraignant l’enfant à partir pour la Palestine. Il y fut tout d’abord membre du kibboutz religieux Sdeh Eliyahu, près du Jourdain. Il s’orienta ensuite vers des cours de Talmud à Jérusalem et eut comme professeur Martin Buber, à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Durant toutes ces années de la guerre, il habita en Eretz Israel, travaillant comme correspondant de l’Agence France-Presse (alors “Agence Havas”) et aussi comme restaurateur, en d’autres occasions. Il avait aussi découvert, en Terre Sainte, le christianisme, et considéra comme un fait, un appel à consacrer sa vie à une sorte de reconnaissance du fait juif par l’Église. Il ne faut surtout pas se payer de mots à cet égard. Ce serait très illusoire et dangereux. Il faudra des siècles pour réparer des siècles d’ignorance, de haine, de mépris entre le christianisme et le judaïsme, disait-il.
Il serait gravement illusoire de croire que le Deuxième Concile du Vatican, qui s’acheva en 1965, remédie en quoi que ce soit à la distance extravagante qui sépare le judaïsme du christianisme. Nous sommes à des millions d’années-lumière de distance, si l’on peut se permettre une telle comparaison. Il ne faut ni rêver ni croire que des textes publiés ces dernières décennies soient des pas qui changent des comportements, attitudes, paroles. Le chemin est pris. La voie peut s’ouvrir, mais nous sommes devant une porte exiguë, très étroitement entrouverte. À cet égard, l’abbé Hruby a vraiment fait le sacrifice de sa vie. Il fut conscient qu’en voulant devenir prêtre catholique romain en Europe, il devait faire le choix non seulement de renoncer à fonder une famille, mais aussi celui de coexister dans un milieu terriblement marqué par un antijudaïsme viscéral dont il était à même de comprendre le mécanisme païen interne.  Cette dimension est rarement prise en compte dans le rêve angélique des relations judéo-chrétiennes, qui restent encore un territoire théologique vierge au niveau du dialogue. Ce dialogue prend des allures d’ignorance réciproque gravissime pour la foi chrétienne orientale malgré des proximités envers le judaïsme, plus fortes peut-être qu’en Occident. Le Père Hruby travailla ainsi à cette reconnaissance du peuple juif par l’Église catholique romaine sur la base des traditions propres à chacune des deux confessions de foi. Il est essentiel de saisir cet élément. La bonne volonté ne suffit pas. Du moins, il faut des êtres qui soient prêts à frayer un chemin de reconnaissance du fait juif comme cohérent et pertinent et sans antagonisme avec le christianisme. Le Père Hruby avait compris que cette tâche n’est possible qu’au sein-même de la tradition chrétienne, et ne peut donc être imposée de l’extérieur ni réfléchie comme un élément qui ferait abstraction de l’histoire et de ses drames.
Cette relativement longue étude sur la liturgie juive pourra paraître à certain(e)s absconse ou trop sophistiquée, et il est indéniable qu’elle est de lecture relativement difficile pour le son-spécialiste. Mais elle a l’immense avantage de regorger de textes qui livreront à celles et ceux qui auront assez d’empathie pour les lire comme s’ils étaient juifs eux-mêmes, le secret de la persévérance multiséculaire de ce peuple dans sa foi et ses coutumes. En effet, on ne sort pas indemne de cette immersion dans les eaux profondes et fécondes de la foi et de la prière juives. On en reste imprégné, au contraire, et à mesure qu’on se laisse envahir par l’expression qu’en donne une liturgie qui vient de la nuit des temps, on découvre non seulement l’âme juive elle-même mais aussi l’empreinte palpable du dessein de Dieu sur ce peuple qu’Il a choisi et jamais rejeté.