5 Chapitre III. La prière synagogale… (suite) 3. Le Tahanun

La récitation de la Tefillah est suivie, les jours ordinaires, d’un ensemble de prières, appelé communément, par les sources de la tradition liturgique, תחנון (Tahanûn) ou « prière de supplication ». Étant donné que l’évolution historique du Tahanûn à l’intérieur de la liturgie synagogale constitue un phénomène très caractéristique et nous permet de remonter jusqu’au début du culte de prière, nous nous y arrêterons plus longuement, essayant de reconstituer le cadre historique de cette partie de l’office.


Le caractère communautaire de la prière juive

La prière officielle du Judaïsme, telle qu’elle se manifeste dans la liturgie synagogale, est essentiellement communautaire. Par l’élection divine et l’octroi de la Torah, tout Israël, pris collectivement, est devenu la propriété exclusive de Dieu. Cette idée est bien exprimée dans le traité Avot de la Mishna (VI, 10), où il est question des choses que Dieu s’est spécialement réservées dans ce monde. Nous citons :

(Ce sont) cinq choses que le Saint, béni soit-il s’est spécialement réservées dans ce monde comme propriété (exclusive : קנין קנה – qinyan qanah), et les voici : la Torah… Israël, Pourquoi la Torah ? puisqu’il est écrit (Prov. 8, 22) : Le Seigneur m’a possédée – קנני (qanani) au commencement de ses voies, avant ses œuvres les plus anciennes [1]. Pourquoi Israël ? puisqu’il est écrit (Ex. 15, 10) : (Par la grandeur de ton bras, ils – les peuples de Canaan – deviendront immobiles comme la pierre) jusqu’à ce que ton peuple ait passé, ô Seigneur, ô Seigneur, jusqu’à ce qu’il ait passé, le peuple que tu as acquis (קנית – qanita[2].

Le qinyan, « l’acquisition » que Dieu a faite d’Israël, a certes ses répercussions sur l’individu, mais toujours par le truchement de la communauté. Il en est de même des relations entre l’individu et Dieu : là encore, la voie normale, habituelle, passe par la communauté ; c’est elle qui assume les prières des individus vivant dans son sein et qui la constituent, pour en faire sa prière à elle.

La même constatation vaut pour les promesses divines : elles aussi s’adressent au peuple tout entier, et chacun y participera dans la mesure où il reste fidèle à la mission d’Israël, qui est d’être le témoin de l’élection divine.

Tout Israël aura (sa) part au monde à venir, lisons-nous en Sanhédrin, X, 1, comme il est écrit (Is. 60, 21) : (Dans le sein de) ton peuple, tous sont des justes, et ils posséderont le pays pour toujours, eux, le rejeton que j’ai planté, l’œuvre de mes mains, créés pour ma glorification.

Cette fidélité d’Israël à sa mission se traduit par sa fidélité au plus grand don que Dieu ait fait à son peuple, la Torah. Cette réciprocité, cette corrélation entre Israël et la Torah est exprimée dans un autre passage de la Mishna (Makkot, fin), qui s’énonce comme suit :

R. Hananya b. ‘Aqashya dit : Le Saint, béni soit-il voulait donner à Israël (l’occasion) d’acquérir des mérites ; c’est pourquoi il a donné (aux Israélites) dans une riche mesure (les enseignements de) la Torah et les commandements, comme il est écrit (Is. 42, 21) : le Seigneur veut, à cause de sa justice, exalter et magnifier la Torah.


La prière individuelle

Quand nous parlons ici de la prière juive, nous visons exclusivement la prière liturgique, communautaire. Qu’en dehors de celle-ci la prière personnelle, l’épanchement du cœur affligé en face de son Créateur, les chants d’action de grâces de l’individu aient toujours eu leur place dans la vie religieuse d’Israël, c’est une évidence. Nous n’avons qu’à ouvrir le livre des Psaumes pour nous en convaincre.

Cependant, même dans le cadre de l’office liturgique, une certaine place a toujours été réservée à la prière strictement personnelle. Le but de notre étude est d’examiner, à la lumière de quelques exemples, les différentes phases d’évolution de cette prière et de montrer comment elle a peu à peu presque totalement perdu son caractère spécifiquement propre, pour devenir elle aussi communautaire.

Il est évident que le point de départ de nos recherches ne peut pas être le rituel synagogal actuel, que ce soit le Siddûr (rituel quotidien) ou le Mahzor (rituel des fêtes) [3]. Nous y trouvons en fait un nombre relativement élevé de prières aux accents fortement personnels. Mais la plupart de ces formules sont tardives et leur introduction dans le culte est due à l’influence des divers courants mystiques, qui ont depuis toujours favorisé la piété personnelle aux dépens de la prière communautaire.


Le Tahanûn

Lorsque nous nous tournons vers les sources les plus anciennes, nous ayant conservé soit des textes de prières liturgiques, soit des indications concernant le déroulement et l’organisation du culte synagogal, nous rencontrons une prière – ou, plutôt, un ensemble de prières -, véritable prototype de la catégorie qui nous intéresse plus particulièrement ici. Cette prière est le Tahanûn.

Dans l’usage liturgique actuel, il s’agit d’un ensemble de textes, la plupart bibliques, faisant suite à la récitation de la Tefillah du matin et de l’après-midi. Ce que ces textes ont de commun est leur caractère pénitentiel très marqué. Quant à leur structure, elle varie assez sensiblement selon les minhaguim (rites).

Puisqu’il s’agit d’une prière de pénitence, la récitation du Tahanûn est omise les jours dont la célébration liturgique comporte une note de joie. Dans la pratique actuelle, qui a connu et connaît encore beaucoup de fluctuations, ce sont, en dehors des fêtes à proprement parler, les néoménies, tout le mois de Nisan, le ל »ג (Lag ba’omer[4], la première partie du mois de Siwân de la néoménie jusqu’au surlendemain de Shavû’ot [5], le neuvième jour du mois d’Av [6], la veille de Rosh hashanah (Nouvel An), la période à partir de la veille de Yom Kippûr (Grand Pardon) jusqu’à la néoménie du mois de Shewat [7], les jours de Hanûkkah (fête de la Dédicace du Temple), Pûrim (commémoration liturgique de la délivrance des Juifs du temps de la reine Esther), le 15 Av [8] et le 15 Shewat [9].

Avec le Tahanûn, nous remontons très loin dans l’histoire de la liturgie synagogale. L’origine de cet ensemble de prières, en effet, doit être cherchée dans les usages cultuels du Temple de Jérusalem.

Terminologie

Une analyse de la terminologie traditionnelle concernant le Tahanûn, nous permettra de saisir davantage le rapport entre cette prière et le Temple.

Le terme de Tahanûn est dérivé de la racine חנן (HNN) qui signifie « se pencher (vers quelqu’un), avoir pitié (de quelqu’un) ». Dans le sens de « supplication », le mot Tahanûn figure souvent dans la littérature biblique.

Les rituels et les liturgistes en parlant du Tahanûn emploient le plus souvent l’expression סדר נפילת אפים (Seder nefilat apayim) « (ordre) de se prosterner [plutôt: « rituel de la prosternation »] sur la face ». Or nous savons que la prosternation, est le geste par excellence du respect et de l’adoration ; c’est le השתחוה (hishtahawah) de la Bible.

Lorsque les deux anges font apparition à Sodome, la Genèse (19, 1) nous raconte que Lot « se leva pour les accueillir et se prosterna le visage contre terre » ( וישתחו אפים ארצה – wayishtahû apayim artsah). C’est encore le geste de Joseph devant son père Jacob (ib. 48, 12). Lorsque Moïse « se prosterne devant le Seigneur » (Ex. 34, 8 ; Deut. 9, 18), cet acte prend le caractère d’une supplication envers le peuple pécheur. La même scène se répète avec Josué (Jos. 7, 6).

Nous pouvons ainsi observer que l’acte intérieur de supplication est habituellement accompagné du geste extérieur de prosternation. Cette connexion est à la base des expressions : להפיל תחינה (lehapil tehinah), « faire tomber (nos) supplications », c’est-à-dire soumettre (à Dieu) nos supplications (en nous prosternant) et : להפיל תחנונים (lehapil tahanûnim) (Dan. 9, 18), locution à signification analogue.

Par la Mishna (Tamid, VII, 3), nous savons que la prosternation-supplication était une attitude habituelle des fidèles au Temple, à l’occasion du sacrifice quotidien. Nous citons :

Il (le Grand Prêtre) s’incline pour verser la libation ; (alors) le préfet (du Temple) fait signe avec le suaire [10] et Ben Azra [11] fait retentir la cymbale ; (alors) les Lévites exécutent le cantique (et lorsqu’ils) arrivent à la pause, ils (les deux prêtres qui, avec leurs trompettes, se tiennent à côté de la table où sont étalées les pièces de graisse destinées au sacrifice) (cf. ib., plus haut) sonnent (la trompette) et le peuple se prosterne (en adoration) : והשתחוה העם (wehishtahawah ha’am) Toute pause (dans l’exécution du chant des Lévites est marquée par) une sonnerie, et toute sonnerie (est accompagnée) d’une prosternation.

La même scène est décrite dans l’Ecclésiastique, 50, 15-21. Ces textes font ressortir que l’ »adoration » du peuple, dans le culte officiel, avait sa place à la fin du service sacrificiel.

Un passage du Talmud (Megillah, 22b ; cf. aussi Berakhot, 34b) nous fournit la clé pour les rapprochements à faire au sujet de la prosternation-supplication, entre la terminologie biblique et celle de la littérature rabbinique. Nous citons :

Nos maîtres ont enseigné : קידה (qidah) (signifie se prosterner) sur la face (על אפים – ‘al apayim), comme il est dit (I Rois, 1, 31) : « Et Bethsabée se prosterna (ותקד – (watiqod [12])  la face contre terre ». כרייעה (keryi’ah[13] (signifie se mettre) à genoux, et ainsi dit l’Écriture : ib. 8, 54) : « Lorsque Salomon eut achevé d’adresser au Seigneur toute cette supplication – והתחינה (wehatehinah) – il se leva de devant l’autel du Seigneur où il était à genoux – מכרוע על ברכיו (mikaro’a ‘al birkaw) ». השתחוה (hishtahawah) signifie étendre les mains et les pieds, comme il est dit (Gen. 37, 10 : paroles de Jacob à Joseph qui lui raconte son songe) : faudra-t-il que nous venions, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner à terre devant toi – להשתחות לך ארצה (lehishtahawot lekha artsah) ? »…
R. Hiyya b. Abin dit : J’ai vu Abbayé[14] et Rav [15] s’incliner vers le côté [16].


Le
Tahanûn dans la littérature synagogale

Ayant eu sa place dans la liturgie du Temple, comme nous venons de le voir, après le sacrifice qui en était la partie centrale, le Tahanûn, dans l’usage de la synagogue, fut inséré à l’endroit correspondant. Or, dans sa forme la plus archaïque – autant qu’on peut essayer de la reconstituer grâce aux indications des documents rabbiniques – les deux pôles de la liturgie synagogale étaient, d’une part, la récitation du Shema Yisrael avec les bénédictions qui l’encadrent et, d’autre part, la lecture publique de la Torah. Étant donné que cette lecture n’avait lieu qu’en certaines occasions, le Tahanûn trouva tout naturellement sa place après la bénédiction אמת ויציב (emet wayatsiv), qui servait de conclusion à la récitation quotidienne du Shema matinal.

Un glissement de structure intervient à une phase plus tardive d’évolution de la liturgie synagogale. Après l’introduction définitive de la Tefillah, celle-ci devient le véritable centre de la prière publique, qu’elle résume et exprime sous la forme d’eulogies concises et substantielles. De son côté, le Tahanûn suit cette évolution, et sa place sera désormais à la fin de la Tefillah.

Ce changement de place est indiqué indirectement par un passage du Talmud (Berakhot, 31a), de beaucoup postérieur sur le plan chronologique, et qui y fait allusion. Nous citons :

On pourrait (penser) que l’homme (devait d’abord) prier pour ses (propres) besoins [17] et dire la Tefillah après. (Mais le mode à suivre dans ce domaine) a déjà été expliqué par Salomon, comme il est écrit (I Rois, 8, 28) : Sois attentif, ô Seigneur, mon Dieu, à la prière – תפלה (tefillah) de ton serviteur et à sa supplication – תחנה (tehinah) – afin de prêter l’oreille au chant d’allégresse – רנה (rinah) et à la prière – (tefillah)… ». « Chant d’allégresse » : c’est la Tefillah [18] ; « la prière » : c’est la supplication (personnelle). On ne dit point de paroles de supplication – דבר בקשה (devar baqashah) après emet-wa-yatsiv, mais après la Tefillah on (peut même) réciter la confession (des péchés) de Yom Kippûr, selon son ordre (habituel).

Il a été dit de même : R. Hiyya b. Ashi [19] disait (au nom de) Rav : Bien que (les sages) aient dit que l’homme devait prier pour ses besoins (personnels) dans (l’eulogie) – שומע תפלה (shomé’a tefillah[20], (il peut), s’il le veut, faire (cette prière) après la Tefillah (et) même réciter (alors) la confession (des péchés) de Yom Kippûr selon l’ordre (habituel).

La prière pour les besoins propres et strictement individuels est désignée dans notre passage par l’expression לאמר דבר (le’emor davar), « formuler des paroles », c’est-à-dire librement et en dehors de tout schéma [21]. Nous rencontrons la même expression dans un contexte analogue de la Tosefta (Berakhot, III, 6).

En soi, l’expression le’emor davar ne nous renseigne pas sur la nature de cette prière individuelle et sur son contenu, qui est laissé essentiellement à l’inspiration de chacun.

Cependant, l’allusion à la confession des péchés de Yom Kippûr est un indice qui nous permet de conclure que les accents de pénitence et de contrition l’emportaient sur le reste. Tout le développement postérieur du Tahanûn se situe d’ailleurs dans cette ligne et nous assistons au phénomène intéressant de l’absorption progressive de cette prière strictement personnelle par la liturgie communautaire. Cette absorption ne s’attaque pas au principe de la liberté, mais elle canalise cette liberté jusqu’à lui imposer un schéma de plus en plus rigide.

Ce processus s’éclaircit particulièrement si nous essayons de le suivre dans les premiers rituels de prières à proprement parler.


Le Seder Rav ‘Amram Gaon
 [22]

Voici ce que dit à propos du Tahanûn et de sa récitation le Seder Rav ‘Amram Gaon, qui est le premier dans la série des rituels :

Et (les membres) de la communauté tombent sur leurs faces et implorent la miséricorde (divine). Chacun formule individuellement sa supplication et dit :

Maître de l’univers et Seigneur des seigneurs ! Dieu grand, fort et redoutable, aie pitié de nous qui sommes tes serviteurs et l’œuvre de tes mains, chair, poussière, pourriture et vermine. Que sommes-nous ? Qu’est notre vie ? Qu’est notre piété ? Qu’est notre justice ? Et que dirons-nous devant Toi, Seigneur, notre Dieu et Dieu de nos pères : n’est-ce pas que tous les héros sont comme rien devant Toi, les hommes célèbres comme s’ils n’avaient pas existé, les sages comme (des êtres) sans intelligence, les (gens) instruits comme sans discernement ? Car toutes nos actions sont vaines et les jours de notre vie sont vanité devant Toi ? Et que dirons-nous devant Toi, ô Seigneur, notre Dieu, car nous avons été iniques et avons fait le mal, et nous n’avons point la force d’accomplir notre devoir. Il n’y a point de Grand Prêtre pour expier nos péchés, ni d’autel pour y offrir le sacrifice, ni de Sanctuaire pour y prier. Qu’il te plaise donc d’agréer la prière que nous formulons, et qu’elle soit considérée devant Toi comme les jeunes taureaux, et les béliers qu’(autrement) nous aurions offerts sur la plate-forme de l’autel, et sois-nous propice.

Maître de l’Univers ! Il est manifeste et connu devant Toi que mon désir est de faire ta volonté, mais le ferment (qui est) dans la pâte m’en empêche [23]. Veuille, ô Seigneur mon Dieu, anéantir et assujettir le mauvais penchant et l’éloigner de moi. Opprime-le, assujettis-le et éloigne-les des deux-cent-quarante-huit membres de mon corps [24]. Ne permets pas que je m’éloigne de tes bonnes voies, mais mets dans mon cœur de bonnes dispositions – יצר טוב (yetser tov) et (place-moi en) bonne compagnie pour observer tes préceptes, pour te servir et pour accomplir ta volonté de tout mon cœur.

Maître de l’Univers ! Qu’il te plaise que ta Torah soit mon occupation et mon travail de chaque jour, et que je ne tombe pas en erreur à son égard. Ne permets pas que j’aie besoin de la charité (d’êtres) de chair et de sang dont le don est négligeable et grande la honte (que nous éprouvons en acceptant l’aumône). Rassasie-nous le matin de ta grâce, et nous serons dans l’allégresse et dans la joie tous nos jours (Ps. 90, 14). Fais-nous voir, ô Seigneur, ta grâce, et accorde-nous ton salut (Ps. 85, 8).

Maître de l’Univers et Seigneur des Seigneurs ! Aide-moi, sois mon appui, secours-moi et fortifie-moi pour que je gagne ma subsistance et celle de ma famille. Ne permets pas que je sois (couvert de) honte et que je sois confondu, ni devant Toi, ni devant (les êtres) de chair et de sang. Seigneur, écoute ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif et guéris à cause de Toi-même, ô Dieu, car ton Nom est prononcé sur ta ville et sur ton peuple !

S’il y a quelqu’un qui veut réciter la prière de R. Yannaï (qui s’énonce comme suit : Lorsque l’homme se réveille de son sommeil, il doit dire… qu’il dise) :

Maître de l’Univers, j’ai péché contre Toi ; qu’il te plaise, Seigneur, notre Dieu et Dieu de nos pères, de nous donner une bonne oeuvre et une bonne part, un esprit soumis et une âme humble, et un bon compagnon. Ne permets pas que ton Nom soit profané parmi nous, que nous devenions (un sujet de) conversation (malveillante) dans la bouche de tous les hommes. (Fais) que notre fin ne soit pas d’être anéantis et notre espoir la déception. Ne nous laisse pas avoir besoin des aumônes (d’êtres) de chair et de sang… Donne-(nous) part à ta Torah, avec ceux qui accomplissent ta volonté. Reconstruis ta maison, ta ville ton Temple et ton Sanctuaire [25] – bientôt, de nos jours. Vite exauce-nous et libère-nous de tous les décrets durs (qui pèsent sur nous) et dans ta miséricorde assiste l’Oint de ta justice et ton peuple.

Et l’officiant se met debout et dit [26] : Notre Père ! notre Roi ! Fais-nous grâce et exauce-nous !

Nous n’avons point de (bonnes) oeuvres (à faire valoir) ; fais-nous justice et aide-nous à cause de ton Nom.

Nous ne savons que faire, car vers Toi sont tournés nos yeux (II Chron. 20, 12). Et la communauté reprend (cette prière) après lui (l’officiant). Souviens-toi de ta miséricorde, ô Seigneur, car elles (existent) depuis toujours (Ps. 25, 6). Que ta grâce soit sur nous qui nous confions à Toi (ib. 33, 22) Ne nous impute pas les fautes de (nos) ancêtres ; envoie-nous bientôt ta miséricorde, car nous sommes tombés très bas (ib. 79, 8). Agis à case de ton Nom (Jér. 14, 7) grand, puissant et redoutable, qui est invoqué sur nous. Aie pitié de nous, Seigneur, aie pitié de nous, car nous avons été rassasiés par la multitude des opprobres (Ps. 123, 3). Dans ton courroux, souviens-toi (de nous) avec pitié (Hab. 3, 2). Ô Seigneur, secours-nous !

Le Roi nous exaucera au jour où nous l’invoquons (Ps. 20, 10). Car il connaît notre (mauvais) penchant ; souviens-toi que nous sommes poussière (ib. 103, 14). Aide-nous, ô Dieu de notre salut, à cause de la gloire de ton Nom ; sauve-nous et expie nos péchés à cause de ton Nom (ib. 70, 9).

La phrase qui sert d’introduction au Tahanûn dans le Seder Rav ‘Amram renferme une contradiction apparente. D’une part, le rite ancien est sauvegardé : ונופלים צבור על פניהם (wenofelim tsibbûr ‘al peneihem), dit le texte ; c’est l’antique prosternation, image de l’attitude humble et contrite du fidèle. ושואל כל אחד ואחד בקשתו (we-sho’el kol ehad we’ehad baqashato) : c’est le moment où chacun prie selon son inspiration et en fonction de ses besoins, mais d’autre part l’auteur y ajoute immédiatement : ואמר (we’omer), « et il dit », proposant des formules toutes faites là où, il y a un instant, il a parlé d’une prière libre et personnelle.

Comment comprendre ces deux affirmations qui semblent s’exclure l’une l’autre ? La solution est relativement simple. Il faut bien se dire que le Gaon n’entend nullement proposer ici un schéma déterminé de prières. Son but est exclusivement d’aider le fidèle qui pourrait éprouver des difficultés à formuler lui-même sa prière.

Ce même processus est à la base de presque toutes les prières du rituel et il n’est d’ailleurs pas propre au seul Judaïsme. Nous constatons exactement le même phénomène dans l’évolution des prières de la Messe et, plus particulièrement, du Canon. Mais tandis que pour la plupart des autres prières du rituel synagogal, le processus de fixation était définitivement achevé du temps de Rav ‘Amram, il n’en était pas ainsi du Tahanûn, à cause de son caractère spécifiquement différent.

Si nous disons qu’il s’agit de formules proposées mais nullement imposées par l’autorité d’’Amram, nous pouvons citer à l’appui de cette affirmation la « rubrique » insérée dans le texte du Tahanûn, où il est dit expressément que : « s’il y a ici quelqu’un qui veut réciter ici la prière de R. Yannaï, il doit dire… » ; cette récitation est donc laissée au choix de l’individu.


Éléments du schéma proposé par Rav ‘Amram

L’analyse que nous venons de faire nous montre que, sur un plan général, le Tahanûn du Seder Rav ‘Amram offre les caractéristiques habituelles de la prière synagogale ; son inspiration est essentiellement biblique. C’est l’Écriture Sainte qui guide le Juif croyant dans tous les domaines de la vie, et c’est encore à elle qu’il emprunte les éléments de sa prière.

À part cela, ce qui frappe dans le Tahanûn d’‘Amram, ce sont les fréquentes citations littérales de passages tirés de la Tradition juive. En cela encore, rien d’étonnant. Etant donné qu’on veut aider le fidèle à trouver des paroles adaptées pour exprimer ses sentiments intimes, il est naturel qu’on se réfère aux passages de ce genre qu’offre la Tradition ; prière de Shemuel, de R. Hiyya, de R. Yannaï.

Le schéma proposé par le SAG (Seder ‘Amram Gaon) n’est pas une création originale. C’est beaucoup plus une compilation de formules de prières déjà existantes, disséminées dans le rituel et choisies pour la circonstance, car jugées particulièrement aptes à traduire les sentiments du fidèle au moment de la nefilat apayim (prosternement).

Nous avons essayé principalement jusqu’à présent, de reconstituer les différentes phases de l’évolution extérieure du Tahanûn : ses origines qui remontent au culte du Temple, son adoption par la liturgie synagogale, et sa place à l’intérieur de cette liturgie à différentes périodes. Mais il faut encore tenir compte d’un autre facteur, qui est précisément l’assimilation progressive du Tahanûn à l’ensemble des prières pénitentielles que connaît la liturgie juive.

À cet égard encore, les formules proposées par le SAG n’ont rien d’arbitraire, elles sont l’aboutissement d’une autre évolution organique, celle-ci de l’intérieur. Nous avons déjà fait remarquer comment peu à peu, le caractère pénitentiel devient la marque prépondérante du Tahanûn. Or, la liturgie pénitentielle par excellence du Judaïsme est celle des jours de jeûne public, qui est probablement l’élément le plus ancien d’un culte de prière en dehors du Sanctuaire [27]. Nous ne nous étonnerons donc pas de trouver dans le Tahanûn d’‘Amram maints passages qui lui sont directement empruntés

Ayant sa place dans la liturgie de tous les jours, le Tahanûn est dit également les lundi et jeudi [28]. Simples « féries privilégiées » dans les débuts, ces deux jours ont revêtu assez tôt un caractère pénitentiel fortement marqué et ont été dotés de toute une liturgie propre, empruntée essentiellement à celle des jeûnes publics. À cause de la note pénitentielle du Tahanûn, les passages propres pour les lundi et jeudi ont été insérés dans le cadre de cette prière, processus qui n’était pas encore définitivement arrêté du temps de Rav ‘Amram.

Le résultat de ce développement fut une compénétration presque complète entre le Tahanûn et les prières particulières pour les lundi et jeudi, au point qu’il est souvent malaisé, dans l’état actuel des choses, de distinguer dans les différents rites ce qui appartient à l’une et à l’autre catégorie de prières.


Le Tahanûn chez Sa’adyah Gaon
 [29]

Il ne sera certainement pas sans intérêt de voir maintenant comment la question du Tahanûn se pose dans un rituel qui, sur le plan chronologique n’est séparé de celui de Rav ‘Amram que d’une cinquantaine d’années, mais qui reflète une autre tradition liturgique. Nous entendons parler du Kitav gami as-salawat wat-tasabhih de Sa’adyah b. Yossef al-Fayyûmi [30]. Voici d’abord le texte :

Après le Shemoneh ‘essreh, en temps ordinaire (c’est-à-dire) lorsque ce n’est ni sabbat ni Rosh hodesh (néoménie), ni Hannûkkah (fête de la Dédicace), ni jour de fête, le fidèle doit tomber sur sa face, et (voici) l’explication de la nefilat apayim : on pose le genou droit par terre, comme on le fait habituellement quand on est assis [31], et on ploie le genou gauche au-dessus (du genou droit), comme on fait d’ordinaire lorsqu’on fléchit le genou, (de sorte) qu’on soit moitié à genoux et moitié assis, et on dit :

(Dieu) miséricordieux et plein de grâce. Nous avons péché contre Toi : aie miséricorde de nous. Agis à cause de ton Nom (Jér. 14, 17), qui est grand, puissant et redoutable, qu’il soit sanctifié dans le monde entier. Aie pitié de nous et pardonne nos péchés à cause de ton Nom. Mais nous avons péché, nous avons été iniques, avons fait le mal, avons commis des transgressions, avons été séditieux, nous sommes détournés de tes commandements et de tes ordonnances salutaires, et (cela) ne nous a point réussi. Et toi tu es juste en tout ce qui nous arrive, car tu as agi avec fidélité et (nous) nous avons fait le mal. Et maintenant je viens et je me tiens à ta porte ; qu’il te plaise, Seigneur, notre Dieu, de m’ouvrir les portes de la miséricorde et celles de la pénitence, et je retournerai auprès de Toi d’un retour sincère, d’un retour où Tu te complaises, d’un retour que Tu désires, d’un retour à cause duquel Tu me pardonneras (mes péchés) et me remettras toutes mes iniquités. Notre Père ! Notre Roi ! Notre Dieu ! Fais-nous grâce et exauce-nous ! Nous n’avons point de (bonnes) oeuvres (à faire valoir) ; fais-nous justice à cause de ton Nom !

Ensuite on s’assied et on dit : Et nous, nous ne savons que faire, car vers Toi sont tournés nos yeux (2 Chron. 20, 12). Souviens-Toi de ta miséricorde, ô Seigneur et de ta grâce, qui existent depuis toujours (Ps. 25, 6). Ne nous impute pas les fautes de (nos) ancêtres ; envoie-nous bientôt ta miséricorde, car nous sommes tombés très bas (Ps. 79, 8). Lève-Toi, secours-nous et rachète-nous à cause de ta clémence (ib. 44, 27). Que ta grâce soit avec nous, qui nous confions en Toi (ib. 33, 22). Si tu gardes la souvenir de nos iniquités, ô Dieu, Seigneur, qui pourra subsister ? (ib. 130 3) ? Car auprès de Toi est la miséricorde (ib. 4). Seigneur, sauve-nous ! Que le Roi nous exauce le jour où nous l’invoquons (ib. 20, 10). Car il connaît notre (mauvais) penchant ; souviens-toi que nous sommes poussière (ib.103, 14). Aide-nous, ô Dieu notre salut, à cause de la gloire de ton Nom ; sauve-nous et expie nos péchés à cause de ton Nom (ib. 79, 90).

Ensuite on ajoute : Et Lui, étant miséricordieux, pardonne le péché et ne fera point mourir (le pécheur) (Ps. 78, 38) … Seigneur, sauve-nous… (ib. 20, 10). Ps. 94, 145 jusqu’à la fin. Ensuite (on dit) :

Béni soit notre Dieu qui nous a créés pour sa gloire, nous a distingués des (gens pris dans les filets de l’)erreur et nous a donné la Torah de vérité. Il a implanté en nous la vie éternelle. Dans sa grande miséricorde, il ouvrira notre cœur à son amour ; il mettra dans notre cœur (les dispositions) pour le craindre, pour accomplir sa volonté et pour le servir d’un cœur sincère, afin que nous ne nous adonnions pas à (un culte) vain. Qu’il te plaise, ô Seigneur, notre Dieu, que nous gardions tes préceptes en ce monde, (afin que) nous vivions, que nous méritions et que nous devenions héritiers de la Torah parfaite, des bonnes œuvres et de la vie du monde à venir.

Des indications supplémentaires sur la manière de réciter le Tahanûn sont données dans le paragraphe qui traite de la prière à la synagogue [32]. Voici le texte de la rubrique en question :

… Après la bénédiction des Aaraonides, l’officiant dit Sim Shalom [33] jusqu’à la fin de (cette) bénédiction, et (ensuite) il commence : (Dieu) miséricordieux et plein de grâce … l’assemblée dit la nefilat apayim et (l’officiant) commence : Et nous, nous ne savons pas que faire… On s’assied et dit…

En examinant le texte de Sa’adyah, nous remarquons d’abord que ce maître est le premier à donner des indications précises concernant le rite extérieur à observer lors de la nefilat apayim. En effet, il ne s’agit plus de la prosternation classique, mais d’une pratique mitigée qui va désormais rester de règle, tout en variant selon les régions quant à l’exécution exacte, et tout en conservant le nom de nefilat apayim [34].

D’autre part, Sa’adyah ne dit plus que la nefilat apayim est le moment de la prière strictement personnelle. Mais il le sous-entend sans aucun doute car, chez lui encore le Tahanûn est divisé en deux parties, l’une devant être récitée pendant la nefilat apayim à proprement parler, l’autre après que les fidèles se sont relevés.

La disposition du texte proposée pour le Tahanûn dans le Siddûr de Sa’adyah est différente de celle sur SAG. La première partie et plus courte chez ‘Amram, la seconde plus longue. L’idée dominante est la même que dans le SAG ; bien plus, la note pénitentielle des prières à réciter pendant la nefilat apayim est encore plus forte. Le début de la seconde partie, communautaire, est, à quelques changements et inversions près, identique à la formule de ‘Amram, et c’est seulement vers la fin du texte que la note pénitentielle cède la place à des accents de caractère plus général.

Sa’adyah ne se prononce pas expressément sur le caractère de la formule qu’il propose. La considère-t-il comme libre ? Entend-il l’imposer ? Cette tendance serait au moins étonnante car, bien après lui – nous en parlerons plus loin – le principe de liberté, dans la formulation du Tahanûn continue toujours d’être respecté. Mais il est cependant incontestable que le texte de Sa’adyah constitue une étape dans l’évolution qui tend à faire du Tahanûn une prière communautaire.


Le Mahzor Vitry

Pour terminer notre tour d’horizon des anciens rituels, nous voulons quitter l’Orient à qui appartiennent le SAG er le Siddûr de Sa’adyah, pour voir comment le problème du Tahanûn se présente dans le premier rituel qui nous soit connu d’un auteur occidental. Ce rituel est le Mahzor Vitry [35]. Voici le texte qui nous intéresse :

Après avoir terminé : « Et Lui, étant miséricordieux… » (Ps. 78, 38), on se prosterne  et demande miséricorde (à Dieu). (Et celui qui prie de cette façon) ne s’étend pas (par terre), mais s’incline simplement vers le côté, car s’il était (couché) sur sa face, il aurait l’air d’adorer ce qui est vivant devant lui, comme on dit (au traité) Megillah (22b), (à propos de Lév. 26, 1) : « Vous ne ferez point d’idoles ; vous ne dresserez ni image taillée, ni stèle sacrée, et vous ne placerez dans votre pays aucune pierre ornée de figures (אבן משכית (even maskit), pour vous prosterner devant elle ». Et ainsi (en est-il) de celui qui se tient (en prière) à la synagogue pour demander miséricorde [36] et de celui qui récite le Shema [37] : il ne doit point incliner sa tête (pour la poser) sur ses bras, si ce n’est d’un seul côté, pour qu’il n’ait pas l’air d’adorer (des objets en) bois ou ce qui est devant lui. Et lorsqu’il s’incline, il le fait du côté gauche. Et la raison (pour laquelle) on s’incline à gauche est expliquée [38] (de la sorte) : c’est la manière (d’agir) des gens libres et des rois ; pour que (celui qui dit le Tahanûn) apparaisse comme un homme libre, il doit (donc) s’incliner à gauche.

La récitation du Tahanûn dans le Mahzor Vitry commence par les Ps. 25 et 3. Ensuite on dit :

Maître de l’Univers ! Veuille que ma prière vienne devant Toi, et ne te détourne point de ma supplication (Ps. 55, 2). Considère-la comme l’offrande et l’holocauste, et comme la prière de mes ancêtres, (hommes) de bien, qui ont prié devant toi au moment de leur affliction, et dont tu as écouté la voix. Ainsi écoute ma voix et reçois avec miséricorde ma prière, sauve-moi de toute affliction et angoisse, de toute peine et (de tout) gémissement, de toute (parole de) péché et d’iniquité, du mauvais œil et du mauvais penchant, de (tout) événement fâcheux ; (épargne-moi) d’être étendu dans la tombe, (sauve-moi) de la Géhenne, de tout adversaire, ennemi et (homme) inique. Confonds leur dessein et anéantis leurs machinations ; rachète-moi et sauve-moi de toutes sortes de calamités, des décrets durs (de la Providence) et des fausses incriminations. Établis-moi comme ta part et mets dans mon cœur ta crainte, pour que je t’aime et m’attache à Toi. Ouvre mon cœur pour que  j’acquière intelligence et sagesse. Donne-moi le mérite d’apprendre et d’enseigner la Torah d’observer et d’exécuter (les commandements) ; place-moi parmi ceux qui auront pris place dans le monde à venir, parmi ceux qui se lèvent de bon matin (pour accourir) aux synagogues et aux salles d’études (de la Loi). Fais que je trouve bienveillance, grâce et miséricorde à tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient. Donne-moi une bonne part et une belle portion de la richesse et de l’honneur qui sont devant Toi, et nourris-moi du pain qui m’est nécessaire (Prov. 30, 8), tous mes jours, dans l’honneur et non dans le mépris, dans la tranquillité et non dans l’épouvante, en me conformant à la Loi et non par voie d’infraction, dans la largesse et non dans la pénurie. Les yeux de mes enfants sont fixés sur moi, et mes yeux à moi sont fixés sur Toi, mon Père qui es dans les cieux. Qu’il te plaise, Seigneur, notre Dieu et Dieu  de nos pères, d’allonger  mes jours et mes années et de me laisser vivre dans la crainte, et reçois avec miséricorde ma prière avec la prière de tout ton peuple, la maison d’Israël : comme la prière de notre père Abraham sur le mont Moriah, comme la prière de son fils Isaac (lorsqu’il fut lié) sur le sommet de l’autel… de Jacob à Béthel… de Joseph dans  sa prison… de nos pères à la Mer Rouge… de Moïse et d’Aaron au désert… de Josué à Gilgal… d’Héli à Silo… de Samuel à Mitspah, de David et de son fils Salomon à Jérusalem… d’Élie sur le mont Carmel… d’Élisée à Jéricho, d’Ézéchias dans sa maladie… de Jonas dans les entrailles du monstre marin… de Daniel dans la fosse aux lions, d’Ananias, Mizaël et Azarias dans la fournaise ardente… d’Esdras en exil… de Mardochée et d’Esther à Suse, la capitale (de Perse), comme la prière de tous  les (hommes) justes, pieux, purs et droits dont Tu as écouté la voix. Ainsi exauce ma prière, car Tu exauces la prière de toute bouche. (Sois) béni, Seigneur, qui exauces la prière !

Après un Piyyut pour les lundi et jeudi, le texte continue :

Et l’officiant se met debout et dit les versets à voix basse et la communauté fait de même.

Le texte de ce Tahanûn n’offre rien de particulier par rapport à ‘Amram et Sa’adyah. La finale se rapproche de l’eulogie שומע תפחה (shomea’ tefillah) dont nous avons parlé plus haut. Nous y retrouvons aussi la même répartition en prière individuelle et prière communautaire que dans les deux exemples précédents.

En revanche, les rubriques sont plus claires que dans Sa’adyah. Le passage : « On se prosterne et demande miséricorde (à Dieu) » se trouve dans la ligne des directives analogues soulignées précédemment.

Un élément nouveau qui fait son apparition avec le Mahzor Vitry, est l’insertion de certains Psaumes, en l’occurrence 25 et 3 [39]. Là encore, point de fixisme et c’est par exemple le Psaume 7 qui, en fin de compte, s’imposera dans le rite allemand, tandis que le Psaume 25 sera adopté par le rite espagnol.


Cheminement vers la phase finale : le Tahanûn devient prière communautaire

Les quelques exemples choisis pour mettre en relief l’attitude des premiers rituels dans le domaine du Tahanûn pourraient être multipliés à loisir. La conclusion qui s’en dégagerait ne serait guère différente de celle qui s’impose déjà en fonction des textes que nous avons essayé d’analyser : nous y observons un cheminement progressif vers un certain fixisme ; les formules ont tendance à se cristalliser dans le cadre d’une inspiration bien précise, dont les accents pénitentiels sont très fortement marqués. Mais cette tendance bien apparente n’a pas encore mis en question, au moins définitivement, le principe de la formulation libre.

Toute cette phase d’évolution est bien résumée dans le paragraphe consacré au Tahanûn du compendium halakhique le plus important du Moyen Âge juif, le ארבעה טורים (Arba’ah Tûrim[40].

L’auteur passe d’abord en revue les dispositions concernant le Tahanûn de différentes autorités : Natronaï Gaon [41], Rav ‘Amram, Maïmonide. Il insiste particulièrement sur l’opinion de Natronaï selon laquelle le Tahanûn est reshût, donc quelque chose d’essentiellement libre, laissé entièrement à l’initiative des fidèles.

Après le בעל הטורים (Ba’al hatûrim), le même principe est réaffirmé par l’auteur du שלחן ערוך (Shulhan ‘arûkh[42], code qui régit jusqu’à nos jours la vie religieuse traditionaliste. Mais toutes ces affirmations restent bien théoriques en face d’une évolution que les auteurs étaient impuissants à enrayer. Depuis des siècles, le Tahanûn a non seulement sa place stable dans  la liturgie officielle, mais il est également devenu partie intégrante de celle-ci, en ce sens que l’inspiration libre a définitivement cédé le pas à des formules imposées. Les seuls vestiges de l’ancien état de choses sont, dans la pratique actuelle, d’une part l’attitude extérieure que les fidèles adoptent pendant la récitation du Tahanûn : on se tient assis, la tête appuyée sur le bras gauche – ou si l’on porte les Tefillin, sur le bras droit – et, d’autre part, le fait que la première partie de cette prière se dit toujours à voix basse sans intervention de l’officiant.

Cet aperçu historique achevé, revenons-en maintenant à la pratique actuelle.

Dans le Siddûr du rite allemand, le Tahanûn proprement dit est précédé, les lundi et jeudi, d’une série de prières pénitentielles. Ces prières commencent par la formule (wehû rahûm) : « et lui (Dieu)  est miséricordieux », ce qui leur a valu le nom de « long wehû rahûm » par lequel on les désigne habituellement.

D’après tous les indices, l’ordre des prières dont se compose le wehû rahûm des lundi et jeudi n’a été établi que tardivement. Dans le Seder ‘Amram Gaon, nous rencontrons la première partie de ces prières, le wehû rahûm à proprement parler, parmi les passages que l’auteur propose au choix des fidèles. Ne figurant pas dans les deux manuscrits les plus importants du Seder ‘Amram, ce passage ne faisait certainement pas partie de la rédaction originale de ce document.

Dans plusieurs manuscrits médiévaux, les origines du wehû rahûm sont entourées de traits fortement légendaires. Après la destruction du Temple en 70 après J.-C., l’empereur Vespasien, raconte-t-on, aurait donné l’ordre d’embarquer un certain nombre de Juifs dans trois canots sans rames ni gouvernail. Naviguant sur la Méditerranée sans incident fâcheux, nos voyageurs malgré eux auraient touché terre en trois endroits différents, probablement dans le midi de la France (cf. La légende de Lazare et de ses compagnons). Là, ils furent d’abord bien accueillis, mais bientôt, après la mort du seigneur qui s’était montré bienveillant à leur égard, on commença à les opprimer et à les spolier de leurs biens. Dans leur angoisse, ils décidèrent alors d’observer un jour de jeûne. À cette occasion, deux frères, Joseph et Benjamin, de concert avec leur cousin Samuel (d’autres sources les appellent de noms différents), auraient composé le wehû rahûm.

Ce qui frappe particulièrement, ce sont les accents fortement bibliques des prières dont se composent le « long wehû rahûm« .

Dans ce cas comme dans tant d’autres, cet élément est un indice infaillible en faveur de l’ancienneté. Le fait que la légende parle de trois auteurs semble simplement indiquer que, dans la rédaction actuelle, nous avons affaire à une compilation de textes primitivement indépendants. Comme il convient pour des jours de jeûne, les éléments pénitentiels occupent une large place dans le wehû rahûm. Vers la fin, on a nettement l’impression qu’il s’agit d’une prière composée en temps de persécution. (Certains auteurs ont voulu conclure, en analysant la légende sur l’origine du we-hû rahûm, que la persécution en question était celle que les Juifs eurent à subir, au 7e siècle, du fait des Francs et des Goths).

À titre d’exemple, nous donnerons en traduction, la première et la dernière des prières qui, actuellement, constituent le wehû rahûm du Minhag ashkenaz ; nous y ajoutons un passage tiré du milieu de la même prière.

והוא רחום (wehû rahûm) – Et Lui (Dieu) est miséricordieux, il pardonne l’iniquité et ne nous fait point périr ; souvent il retient sa colère et ne se livre pas à tout son courroux (Ps. 78, 38). Seigneur, ne retiens pas ta miséricorde à notre égard ; que ta grâce et ta vérité nous gardent à jamais ! (ib. 40, 12). Sauve-nous, Seigneur, notre Dieu, et rassemble-nous (du milieu) des nations, afin que nous célébrions le Nom de ta sainteté et que nous nous glorifiions en chantant tes louanges (Ps. 116, 47). Si Tu gardes le souvenir de nos péchés, ô Dieu, Seigneur, qui pourra subsister ? Mais auprès de Toi est le pardon, afin qu’on te révère (ib. 130, 3-4). Ne nous traite pas selon nos péchés et ne nous châtie pas selon nos iniquités (ib. 103, 10) ; Si nos iniquités témoignent contre nous : Seigneur, agis en notre faveur à cause de ton Nom ! (Jér. 14, 7). Souviens-toi de ta miséricorde et de ta grâce, Seigneur, car elles sont éternelles (Ps. 25, 6). Que le Seigneur nous exauce au jour de notre détresse, que le Nom du Dieu de Jacob nous protège (cf. Ps.20 2). Seigneur, sauve (-nous) ! Que le Roi nous exauce au jour où nous l’invoquons ! (Ps. 20, 10). Notre Père, notre Roi, fais-nous grâce et exauce-nous, car nous n’avons point de bonnes œuvres [à notre actif]. Fais-nous justice à cause de ton Nom (Par cette formule se termine aussi la prière litanique אבינו מלכנו (avinû malkenû) ; « Notre Père, notre Roi ! » des dix jours de pénitence, laquelle est un développement de la prière de R. ‘Aqiba ; cf. Ta’anit 25b). Notre Seigneur, notre Dieu, écoute la voix de nos supplications, souviens-toi en notre faveur de l’alliance conclue (avec) nos pères et aide-nous à cause de ton Nom. Actuellement, Seigneur, notre Dieu, qui as fait sortir ton peuple du pays d’Égypte par (ta) main puissante et qui (par là) t’es fait un Nom comme (si cet événement avait eu lieu) aujourd’hui, nous avons péché, nous avons mal agi (Dan. 9, 15). Seigneur, qu’à cause de ta justice soient détournées de ta ville, Jérusalem, ta montagne sainte, ta colère et ton indignation. Car c’est à cause de nos péchés et de l’iniquité de nos pères que Jérusalem et ton peuple sont devenus (un objet de) honte pour (tous ceux qui) nous entourent (Ib. 16). Maintenant, écoute, ô notre Dieu, la prière de ton serviteur et ses supplications. Fais briller ta face sur ton Sanctuaire dévasté, puisque (tu es) le Seigneur (ib. 17).

הבט-נא (habet-na) – Jette donc un regard (de tes hauteurs célestes), aie pitié de ton peuple, bientôt, à cause de ton Nom, dans ta grande miséricorde. Seigneur, notre Dieu, épargne(-nous), aie pitié et porte secours aux brebis de ton pâturage ; ne fais pas régner sur nous ta colère, car sur Toi sont fixés nos yeux ; aide-nous à cause de ton Nom ! Aie pitié de nous à cause de ton alliance, jette un regard (sur nous) et exauce-nous au temps de l’affliction, car à Toi (appartient) le salut. Accorde-nous rémission, Dieu bon et (prompt) à pardonner, car Toi, ô Dieu, es un Roi (plein) de grâce et de miséricorde !

הפותח יד (hapoteah yad) – (Toi) dont la main est ouverte pour offrir le retour et pour accueillir transgresseurs et pécheurs : notre âme est dans l’épouvante à cause de la grandeur de notre affliction ! Ne nous oublie pas pour toujours ; lève-toi, viens à notre secours, car c’est en Toi que nous mettons notre espérance, notre Père, notre Roi, si en nous-mêmes il n’y a point de justice et de (bonnes) œuvres, souviens-toi en notre faveur de l’alliance des pères et de notre témoignage quotidien (par lequel nous te proclamons) l’unique Seigneur ! Regarde notre misère, car nos peines et les afflictions de notre cœur se sont multipliées. Aie pitié de nous dans le pays de notre captivité : ne déverse pas ta colère sur nous, car nous sommes ton peuple, les fils de ton alliance. Ô Dieu, jette un regard sur l’abaissement de notre gloire, parmi les nations qui nous ont en abomination comme la suprême impureté. Jusques à quand ta puissance (restera-t-elle) prisonnière et ta gloire dans la main de l’adversaire ? Réveille ta puissance et ton zèle contre tes ennemis, afin qu’ils soient confondus et qu’ils déchoient de leur puissance ; n’estime pas comme peu de choses nos souffrances ! Envoie à notre rencontre promptement ta miséricorde, au jour de notre affliction. Et si Tu (ne veux pas agir) à cause de nous, agis à cause de Toi (-même), et ne voue pas à la perdition le souvenir de notre reste. Fais grâce au peuple qui deux fois par jour, proclame l’unicité de ton Nom, disant toujours avec amour : Écoute, Israël, le Seigneur, ton Dieu, est un Dieu unique !

Dans le Siddûr actuel, le Tahanûn-même commence par un verset de II Sam. 24, 14 : ויאמר דוד אל-גד (wayomer Dawid ‘èl Gad), « Et David dit à Gad : Je suis dans une extrême angoisse. Oh ! que nous tombions (נפלה-נא – niplah-na) entre les mains du Seigneur, car grande est sa miséricorde, mais que je ne tombe pas (אפלה – (‘èpolah) entre les mains des hommes ! »

Ce verset est l’élément le plus récent du Tahanûn; il ne fait guère apparition dans les Siddûrim avant le 18e siècle. Il semble avoir été inséré à cette place à cause de la triple répétition, dans son corps, du verbe נפל (nafal), « tomber », et de la connexion philologique entre ce terme et l’expression נפפלת אפיים (nefilat apayim), dérivée du même verbe, et qui désigne souvent le Tahanûn dans le langage liturgique.

Le Tahanûn est actuellement réduit à bien peu de chose. Il commence par la formule d’introduction que voici :

רחום וחנון (rahûm wehanûn) – (Dieu) miséricordieux et plein de grâce ! Nous avons péché devant Toi. Seigneur plein de miséricorde, aie pitié de moi et agrée ma supplication !

Dans sa substance, cette formulation figure déjà dans le Seder de Rav ‘Amram. Ensuite on récite le Psaume 6. C’est cette première partie du Tahanûn qui, jusqu’à nos jours, est récitée à voix basse, comme dernier souvenir du caractère primitif de cette prière.

Les lundi et jeudi on insère ici une poésie religieuse basée sur Esdr. 9, 15 et Ex. 32, 12 ; Ce noyau scripturaire a connu différents développements selon les rites. Nous donnons ici la forme actuelle du Piyyût dans le rite allemand. Dans sa récitation, les fidèles alternent avec l’officiant.

ה’ אלהי ישראל (Adonaï, Elohei Yisraël) – Seigneur, Dieu d’Israël (Esdr. 9, 15), reviens de ta colère, et repens-toi du mal (que tu veux faire) à ton peuple !

Regarde du haut du ciel et vois (Is. 63, 15), car nous sommes devenus (un objet) de mépris et de risée parmi les nations (cf. Ps. 44, 14). Nous sommes considérés comme des brebis (destinées) à l’abattoir, comme l’agneau qu’on tue (cf. Is. 53, 7), comme (des gens à qui il ne reste qu’) anéantissement, tourment et honte.

Et avec tout cela nous n’avons point oublié ton Nom (cf. Ps. 44 18) ; oh ! ne nous oublie pas (non plus) ; Seigneur, Dieu d’Israël…

Des étrangers disent ; Il (ne leur reste) ni attente ni espoir ; fais grâce à la nation qui espère en ton Nom ! (Dieu) pur, fais approcher ton salut. Nous sommes fatigués, il n’y a plus de salut pour nous (Lament. 5, 5). Que ta miséricorde l’emporte sur ta colère à notre égard !

Reviens donc sur ta colère et aie pitié de l’héritage que tu as choisi (cf. Deut. 7 6) Seigneur, Dieu d’Israël…

Épargne-nous, Seigneur, dans ta miséricorde, et ne nous livre pas entre les mains de (nos ennemis) cruels. Pourquoi les nations diraient-elles : Où donc est leur Dieu ? (Ps. 15, 2). À cause de Toi, agis envers nous (selon) ta grâce, ne tarde pas ! (cf. Dan. 9 19).

Reviens donc… Seigneur, Dieu d’Israël…

Écoute notre voix et sois-nous propice ; ne nous livre pas entre les mains de nos ennemis pour effacer notre nom. Rappelle-toi ce que Tu as juré à nos pères (en disant) : Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel (Ex. 32, 13). Maintenant, nous restons en petit nombre, (nous qui autrefois étions) si nombreux.

Et avec tout cela… Seigneur, Dieu d’Israël…

Secours-nous, Dieu de notre salut, pour la gloire de ton Nom, délivre-nous et efface nos péchés à cause de ton Nom (Ps. 79, 9).

Seigneur, Dieu d’Israël…

Ce Piyyût est suivi d’une autre prière poétique qui, dans le Minhag ashkénaz est souvent récitée tous les jours, tandis que d’autres rites la réservent aux jours de jeûne et de pénitence. Elle aussi a été insérée assez tardivement dans le Siddûr. En voici le texte :

Gardien du peuple unique (cf. II Sam. 7, 23), garde le reste de la nation unique, ne laisse pas périr le peuple unique, (ceux) qui confessent l’unicité de ton Nom en disant : Le Seigneur, notre Dieu est un Dieu unique !

Gardien du peuple saint (Deut. 7, 6) garde le reste de la nation sainte, ne laisse pas périr le peuple saint, (ceux) qui par la triple Qedushah sanctifient le (Dieu) saint !

(Dieu) qui te laisses attendrir par (ta) miséricorde et apaiser par les supplications, laisse-toi attendrir et apaiser (en faveur) du peuple misérable qui n’a (d’autre) soutien que Toi (Ps. 22, 12). Notre Père, notre Roi ! Aie pitié de nous et exauce-nous ! (Ps. 28, 7). Nous n’avons point de (bonnes) œuvres [à notre actif]; fais-nous justice et grâce, et aide-nous !

La fin actuelle du Tahanûn est encore, à quelques variantes, éliminations et inversions près, la même que dans les documents anciens.

Après la récitation du demiQaddish, on ajoute encore une formule de conclusion qui varie légèrement, même dans le cadre du Minhag ashkenaz, selon les différentes régions. Elle doit être assez ancienne, car elle figure dans le Mahzor Vitry. Voici la version en usage en Allemagne même :

אל ארך אפיים (El erekh apayim) – Dieu longanime et plein de grâce (Cf. Ex. 34, 6) ne nous châtie pas dans ta colère (cf. Ps. 6, 12). Épargne, Seigneur, ton peuple (cf. Joël 2, 17) et délivre-nous de tout mal. Nous avons péché contre Toi, Seigneur, pardonne-nous selon la grandeur de ta miséricorde, ô Dieu !

Plus que d’autres prières, le Tahanûn a conservé des éléments de presque toutes les phases d’évolution de la liturgie synagogale : le culte au Temple, les Ma’amadot, l’ancienne liturgie des jours de jeûne, les prières pénitentielles récitées en d’autres occasions, tout y a laissé des traces. Le Tahanûn a certes perdu, jusqu’à de faibles vestiges, son caractère de prière individuelle ; il est néanmoins resté une prière qui s’abreuve constamment à la source la plus authentique de la Tradition d’Israël : l’Écriture Sainte.


  1. Allusion à la croyance exprimée dans le Midrash, selon laquelle la Torah était préexistante à la création.
  2. Le point de départ de l’exégèse est chaque fois la racine קנה (KNH), "faire l’acquisition".
  3. Nous ne tenons compte que du rituel traditionnel, qui seul a conservé les éléments essentiels d’un patrimoine qui est le fruit d’une évolution séculaire.
  4. C’est le trente-troisième : ל"ג (lag) = ל (lamed) ג (guimel) – la valeur numérique du lamed est 30, celle du guimel est 3, ce qui donne 33) – des 49 jours entre la Pâque et la Pentecôte. Le nom de עומר (‘omer) provient d’une cérémonie agricole qui avait lieu autrefois le deuxième jour de Pâque. Selon une tradition non attestée, une peste qui, entre la Pâque et la Pentecôte, faisait des ravages parmi les disciples de R. ‘Aqiba, aurait cessé ce jour-là.
  5. Les trois jours qui précèdent la Pentecôte sortent également du cadre pénitentiel de la période du ‘Omer. Ce sont les שלשה ימי הגבולה (sheloshah yemei ha-gevûlah), les "trois jours de consignation", qui préparaient Israël au don de la Torah (cf. Ex. 19, 12).
  6. Jour de deuil par excellence, le ט" באב (Tish‘ah be’Av), commémoration liturgique des deux destructions du Temple, sous Nabuchodonosor et Titus, n’est certes pas un jour de joie. Mais on omet alors la récitation du Tahanûn, à cause de la liturgie pénitentielle propre qui le distingue.
  7. Pratiquement, une bonne partie du mois de Tishri, à l’intérieur duquel se placent Rosh hashanah et Yom Kippûr, est occupée par la fête de Sûkkot.
  8. Le 15 Av était, avec le Yom Kippûr, le jour où les filles de Jérusalem dansaient dans les vignes. C’est encore en ce jour qu’on faisait l’offrande du bois qui servait à l’entretien de la flamme sur l’autel des holocaustes.
  9. C’est le "Nouvel An des Arbres" (cf. R. Hashanah, I, 1).
  10. Qui fait fonction de drapeau à signal.
  11. Cf. Sheqalim, V, 1 : Voici les préposés (aux différents services) qui étaient au Temple : […] Ben Azra (était préposé) à la cymbale.
  12. De la racine קדד (QDD), קוד (QWD), "s’étendre".
  13. De la racine כרע (KR‘), "se courber".
  14. Amora babylonien du IVe s. et président de l’Académie de Pûmbedita, comme successeur de R. Yossef b. Hiyya.
  15. C’est le nom que la littérature talmudique donne habituellement à R. Abba (Arekha) (160-247 après J.-C.). Disciple, pendant son séjour en Palestine – il était originaire de Babylonie – de R. Yehûdah haNassi. Fondateur de l’académie de Sûra.
  16. La coutume veut qu’un homme distingué ne se prosterne pas sur la face.
  17. Sous forme de prière individuelle, mais toujours dans le cadre de l’office public.
  18. Tefillah, dans le sens de "Dix-Huit Bénédictions". L’exégèse talmudique s’appuie sur la seconde partie du verset biblique ; dans le texte, Tefillah a le sens de "prière" en général.
  19. Amora palestinien du milieu du IIIe s. ; il était l’un des disciples préférés de Rav.
  20. C’est la seizième eulogie de la Tefillah. De différentes indications contenues dans la littérature traditionnelle, il résulte qu’il était admis d’insérer dans cette eulogie des prières de circonstance pour des besoins particuliers. La littérature actuelle en a gardé le souvenir, et c’est toujours en cet endroit de la Tefillah qu’on insère une prière particulière à l’occasion des jours de jeûne.
  21. Si nous parlons ici de schéma, nous entendons ce terme dans le sens d’un ordre d’idées dans la prière publique, ordre fixé soit par l’usage, soit par les décisions de certains docteurs célèbres, sans viser un mot à mot obligatoire.
  22. David Hedegard, Seder R. ‘Amram Gaon, Hebrew Text with Critical Apparatus, Translation with Notes and Introduction, Lund, 1951. - Chaque fois que nous renvoyons au Seder Rav ‘Amram Gaon (sous le sigle SAG), nous nous référons au texte hébraïque établi par M. Hedegard.
  23. "Le ferment", שאור (sa’or) qui est dans la pâte ; בעיסה (ba‘issah) : le mauvais penchant.
  24. Selon la classification traditionnelle des commandements de la Torah – par exemple, dans le Sefer hamitswot de Maïmonide – le nombre 248 est celui des commandements positifs.
  25. Bayit, Heikhal et Miqdash désignent tous les trois le Temple de Jérusalem.
  26. L’intervention de l’officiant marque la fin de la prière individuelle.
  27. Les jeûnes publics dans le cas de graves calamités sont déjà mentionnés dans la Bible : cf. I Rois, 21, 9 ; Joël, I, 14 ; 2, 15). Dans le traité Ta‘anit ("Jeûne") de la Mishna, chap. II, nous trouvons toute une liturgie pour ces occasions, et il est probable qu’elle fût déjà en usage avant l’exil babylonien.
  28. Les lundi et jeudi étaient primitivement des jours de marché où les paysans affluaient dans les bourgs et les petites villes de la campagne. En ces jours-là siégeaient alors dans ces localités les "petits tribunaux", habilités pour juger les litiges de moindre importance. À cause de ce concours de peuple, ces jours furent choisis également pour une lecture publique de la Torah dans l’office synagogal.  Assez anciennement, les lundi et jeudi ont dû revêtir un aspect de jours de pénitence. Le traité mishnaïque de Ta‘anit les connaît déjà comme jours de jeûne (cf. aussi Luc, 18, 12 et Didachè, VIII, 1). Depuis les grandes persécutions du temps des Croisades, leur caractère pénitentiel s’est encore accentué.
  29. Né en Haute-Égypte en 892, Sa’adyah, célèbre autorité dans le domaine de la littérature talmudique et premier grand philosophe religieux du Judaïsme, fut appelé en 924 à la tête de l’académie de Sûra, où il est mort en 942.
  30. Le titre arabe signifie : "Livre des prières et des chants de louange" ; l’idiome arabe y est employé pour la partie "rubriques". Nous nous référons à la première édition complète du Siddûr de Sa’adyah, parue à Jérusalem, en 1941.
  31. À la manière orientale, bien entendu.
  32. Dans le choix des textes de prières, Sa’adyah procède de la manière suivante : il reproduit d’abord les formules comme telles et ajoute ensuite les passages propres à la liturgie officielle, qui demande la présence d’un Minyan ou quorum de dix adultes.
  33. C’est la dernière eulogie de la Tefillah
  34. L’expression, à première vue étrange : "dire la nefilat apayim" est courante chez les liturgistes. Elle nous montre à quel point cette prière, spontanée par définition, était déjà devenue pure récitation.
  35. L’auteur, R. Simhah b. Shemuel de Vitry, était un disciple de Rashi. Si nous disons que le Mahzor Vitry est le premier rituel "occidental", il faut bien expliquer le sens de cette remarque. Il est évident que tout le patrimoine traditionnel du Judaïsme est oriental, dans ce sens qu’il a pris forme en Palestine, d’une part, et, d’autre part, dans les grandes académies de Babylone. Ainsi, le Mahzor Vitry s’inspire-t-il de très près du SAG, dont il reproduit sans altération des pages entières. Mais l’auteur tient aussi compte des usages des communautés de son milieu ambiant, c’est-à-dire français et allemand.
  36. C’est-à-dire en récitant le Tahanûn.
  37. Il est également d’usage de se couvrir les yeux de la main droite en disant le Shema.
  38. Dans Pessahim, 108a, lors des cérémonies à observer lors du repas pascal.
  39. À propos du Ps. 25, il n’est peut-être pas sans intérêt de faire remarquer que le Zohar, livre principal de la Cabbale, le met expressément en rapport avec la prière de prostration [plutôt: "prosternement"].
  40. Arba‘ah Tûrim, est le nom choisi par R. Ya'aqov b. Asher (né en Allemagne en 1269, mort à Tolède en 1343), pour son grand compendium de décisions légales.
  41. Natronaï fut le prédécesseur d’‘Amram dans la fonction de président de l’académie de Sûra.
  42. Le Shûlhan ‘arûkh a été développé par son auteur, R. Yossef Qaro (1488-1575), à partir de son commentaire du Arba‘ah Tûrim.

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