6 Chapitre III. La prière synagogale… (suite et fin): 4. La Qeriat haTorah (Lecture de la Torah)

La récitation du Tahanûn est suivie, les lundi et jeudi, de la lecture de la Torah.

Dans notre aperçu historique sur le développement progressif de la liturgie juive, nous avons eu l’occasion de parler avec plus de détails de la place de cette lecture dans le culte synagogal, de son importance capitale – nous avons souligné alors qu’à côté du Shema Israel, la lecture liturgique de la Torah était le second « pivot » de la prière publique du Judaïsme et de son mécanisme : division de la Torah en cinquante-quatre péricopes ou parashot, appel pour cette lecture d’un nombre variable de personnes, selon les occasions : lundi et jeudi, néoménies, sabbats, jours de fête, jours de jeûne.

Nous avons souligné également que le rôle prépondérant de la lecture de la Loi de Moïse dans la liturgie juive n’était que la conséquence directe et immédiate de la place qui, dans la vie d’Israël, revient à cette Loi divinement révélée. Dieu, dans un passé lointain a choisi d’abord un individu isolé, Abraham. Il l’a fait sortir de son milieu ambiant avec ses pratiques idolâtriques, lui a révélé l’unicité de son être et, en revanche de [plutôt: « en réponse à] sa fidélité, lui a fait des promesses solennelles concernant sa postérité.

À travers les péripéties de l’époque des Patriarches et l’épreuve égyptienne, Dieu a progressivement préparé la descendance d’Abraham en vue d’une révélation plus riche, plus complète. Par la délivrance du joug pesant des Pharaons, il fit une nation d’un groupe ethnique qui, jusque-là, n’avait guère dépassé le stade tribal.

C’est seulement alors que commence la grande épopée d’Israël. En octroyant à ce peuple sa Loi, Dieu en fait pour toujours sa propriété exclusive, conformément à ses propres paroles (Nombr.15, 41) : « Je suis le Seigneur, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte pour être votre Dieu : Je suis le Seigneur, votre Dieu ! »

Toute la dimension de l’histoire, souvent si tragique, d’Israël, va se mesurer à la fidélité d’Israël à cette Loi, qui est en même temps la base de son existence, sa profonde raison d’être et la clef d’une destinée étrange, non comparable à celle d’aucune nation.
Le rôle, dans la vie d’Israël, des commandements de la Torah, leur primat absolu et exclusif dans tous les domaines de l’existence, est bien exprimé dans un texte de la liturgie synagogale – il s’agit de la bénédiction qui, dans la prière du soir, précède la récitation du Shema – qui s’énonce comme suit :

Car eux (les commandements de la Torah) sont notre vie, la lumière de nos jours, et ce sont [plutôt: « c’est »] eux que nous méditons jour et nuit.

Ce court rappel de données fondamentales semblait nécessaire pour nous permettre de bien saisir l’attitude religieuse et l’esprit s’exprimant dans les prières qui, dans l’office synagogal, encadrent la lecture de la Torah.

On comprend d’ailleurs bien – c’est là un phénomène humain général et non quelque chose de particulier à Israël – que la vénération pour la parole révélée de Dieu s’exprime aussi dans les cérémonies qui entourent sa lecture publique et solennelle, et se prolonge même matériellement dans les marques de respect dont on fait preuve à l’égard du Livre où cette Parole est consignée.

Nous avons eu déjà l’occasion de faire remarquer que le rouleau de parchemin qui sert à la lecture liturgique de la Torah doit être écrit selon des règles précises et minutieuses. La lecture elle-même demande un entraînement particulier, car elle doit se faire selon un récitatif traditionnel appelé « tropp » (du grec tropos) en judéo-allemand. Ce sont les accents massorétiques, qui servent en même temps de signes musicaux. Or, sur les rouleaux n’est marqué que le texte consonantique, sans voyelles et sans accents. C’est pourquoi il est devenu tout à fait exceptionnel que les fidèles appelés à faire la lecture de la Torah accomplissent eux-mêmes cette tâche difficile. Le plus souvent, ils se contentent de réciter la bénédiction prescrite après et avant la lecture, tandis que c’est un lecteur professionnel appelé בעל קורא (Ba’al qoré), « maître-lecteur », qui lit à leur place.
Les rouleaux eux-mêmes sont entourés de beaucoup de marques de respect. Ils sont conservés – chaque synagogue tâche d’en accumuler le plus grand nombre possible – dans une armoire particulière, souvent richement sculptée, et enchâssés dans le mur de la synagogue orienté vers Jérusalem.
La coutume de garder les rouleaux saints dans des armoires à part est très ancienne. Elle est déjà mentionnée dans la Mishna (cf. Ta’anit, II, 1 ; Meg. III, 1). Il s’agissait primitivement d’armoires mobiles qu’on portait en procession dans les rues lors des jeûnes publics.
Dans les documents de la Tradition juive, cette armoire porte le nom de תיבה (tevah), « arche », nom que la Bible donne à l’arche de Noé (cf. Gen. 6, 14). La Tossefta (Meg. VI, 21) l’appelle Qodesh « sanctuaire », ce qui est probablement une abréviation de ארון הקדש (aron haqodesh) « armoire sainte », ou « arche sainte », nom par lequel le réceptacle des livres sacrés continue à être désigné jusqu’à nos jours.
Dans la Bible, le mot ארון (aron), « arche » (cf. Ex. 37, 1) est employé pour l’arche d’Alliance. Par analogie, le peuple donna le même nom, ארונא (arona) en araméen à l’arche qui, dans la synagogue abritait les rouleaux sacrés. Le Talmud (Shab. 32a) réagit contre cette analogie entre deux objets de valeur religieuse très inégale et déclare que c’est un péché d’employer le terme de aron pour le meuble principal de la synagogue, mais, une fois de plus, la coutume s’est avérée plus tenace que l’interdiction et c’est elle qui l’a emporté.
À côté de aron, le mot tevah est également resté courant dans la terminologie liturgique. Étant donné que la place de l’officiant est devant l’arche sainte, on dit לעבור לפני התיבה (la’avor lifnei hatevah), « passer devant l’arche », lorsqu’on veut désigner la fonction d’officiant Dans les pays d’Orient, l’arche sainte est plus souvent appelée היכל (heikhal), « sanctuaire ».

Déjà le Talmud parle d’un baldaquin, כילה (kilah) (cf. j. Meg. III, 1), et d’un voile, פריסה (perisah) (cf. Meg. 26b) qui couvre l’arche. La coutume actuelle et de l’orner d’un rideau, פרכת (parokhet), souvent brodé avec art, et qu’on change suivant les fêtes. Dans les synagogues du Minhag ashkenaz, le parokhet masque la porte de l’arche sainte. Ce rideau est placé à l’intérieur même de l’armoire.

Déjà les anciens documents rapportent qu’on avait l’habitude d’envelopper les rouleaux dans des linges, מטפחות (mitpahot) (cf. Meg. III, 1) et de les garder dans des étuis תיק (tiq). À l’occasion de Simhat Torah, on les ornait de parures précieuses, à l’égal d’une fiancée. (Celui qui, en cette fête, est appelé à la lecture de la dernière péricope de la Torah, porte le nom de חתן תורה (hatan torah), « fiancé de la Torah ».

Le parchemin avec le texte de la Torah est enroulé autour de deux bâtons en bois, appelés עץ חיים (‘ets hayyim) « arbre de vie » ; ces bâtons émergent de chaque côté et permettent de saisir le rouleau et de le manier.
Pour empêcher le rouleau de s’ouvrir, on le lie avec une large bande d’étoffe appelée מפה (mappah) « voile », la coutume veut qu’elle soit confectionnée [avec] des langes sur lesquels un enfant a été posé au moment de la circoncision.
Le rouleau tout entier est enveloppé dans une housse de velours ou de soie, richement brodée et portant des inscriptions. Le terme technique qui sert à désigner cette housse est מעיל (me’il), « manteau », « mentele » en judéo-allemand.

Le rouleau ainsi habillé est paré de différents objets en argent. On y distingue :

1) Une plaque, fixée par une chaîne sur les sommets des bâtons qui servent de support au rouleau. Cette plaque, en argent ciselé ou repoussé, appelée טס (tess), « écusson », symbolise le pectoral du grand prêtre. Elle est toujours ornée de représentations symboliques, le plus souvent de deux lions portant les tables de la Loi. Parfois on y trouve enchâssée une petite plaquette échangeable, sur laquelle est marqué le nom de la fête qu’on célèbre.

2) Au-dessus de cette plaque, on met une main en argent appelée יד (yad) dont l’index est étendu. On s’en sert pour indiquer au lecteur le passage qu’il doit lire.

3) Le dernier dans la série des ornements de la Torah est constitué par les רמונים (rimmonim), « grenades », objets en argent qui imitent vaguement la forme de ce fruit. Le nom de rimmonim est également d’origine biblique. Il désigne dans l’Écriture les ornements qui se trouvaient sur le vêtement supérieur du grand prêtre (cf. Ex. 28 33 ; Souvent les rimmonim sont munis d’une série de petites clochettes.
Les jours de grande fête, les rimmonim sont parfois remplacés par une couronne, appelée כתר תורה (kétèr Torah), « couronne de la Torah ». Tous ces objets ensemble sont appelés כלי קדש (kelei qodesh), « ornements sacrés ».
En Orient et, en général, dans les communautés séfarades, le rouleau de la Torah est en plus placé dans un étui en cuir ou en métal richement travaillé.

Dans l’intérêt d’une meilleure compréhension des cérémonies liturgiques qui entourent la lecture de la Torah, il faut encore faire remarquer que cette lecture se fait sur une estrade spécialement construite à cette fin et appelée בימה (bemah) (du grec bèma, tribune) ou Almenor. Cette dernière expression est d’origine arabe ; c’est une forme tronquée du mot al-mimbar, par lequel on désigne la chaire qui, à la mosquée, sert pour les prédications du vendredi. La place traditionnelle de la bemah est au milieu de la synagogue.

1. Les prières qui encadrent la lecture

Revenons-en maintenant aux prières et cérémonies qui servent de cadre à la lecture de la Torah.
Étant donné que ces prières ont aussi passé par différentes phases d’évolution, que nous voulons essayer de suivre dans la mesure du possible, il semble indiqué, une fois de plus, de choisir comme point de départ le rituel actuel.

Les prières de la Qeriat Torah (lecture de la Torah) sont plus ou moins développées selon les occasions. Pour ne pas être obligé d’en parler une seconde fois lorsque nous traiterons de la liturgie des fêtes, nous les étudierons brièvement ici dans leur ensemble ;

Les lundi et jeudi après le Tahanûn, les sabbats et fêtes après la Tefillah du matin, – lorsqu’on dit le Hallel, la cérémonie a lieu seulement après la récitation de cette prière – on procède à la « sortie » des rouleaux sacrés. Le terme propre pour cette cérémonie est סדר הוצאת ס’ התורה (Seder hotsa’at sefèr haTorah), « ordre de faire sortir les [plutôt : rituel de sortie des] rouleaux de la Torah ».

Avant la sortie des rouleaux, l’officiant entonne, les sabbats et jours de fête, quelques versets bibliques. Cette récitation est propre aux régions du Minhag ashkenaz en dehors de l’Allemagne proprement dite. Voici les textes en question :

אין כמוך (ein kamokha) – Nul n’est comme Toi parmi les dieux, ô Seigneur, et rien ne ressemble à tes œuvres ! (Ps. 86, 8). Ton règne est un règne (pour) toute éternité, et ta domination (s’étend) sur toutes les générations (ib. 145, 13) ; Le Seigneur règne (ib. 10, 16), le Seigneur a régné (ib.33, 1), le Seigneur régnera à tout jamais (Ex. 15, 19). Le Seigneur donnera la force à son peuple ; le Seigneur bénira son peuple en lui donnant la paix (Ps. 29, 2).

אב הרחמים (Av harahamim) – Père des miséricordes, daigne répandre tes bienfaits sur Sion, bâtis les murs de Jérusalem (Ps. 51, 21). Car c’est en Toi seul que nous avons mis notre confiance, Roi, Dieu suprême et élevé, Seigneur de l’univers !

Après ce préambule, l’officiant quitte sa place habituelle et, flanqué des notables de la communauté, se rend devant l’arche sainte dont on ouvre les portes. Debout devant l’arche, il dit :

ויהי בנשע הארון (wayehi binesso’a ha’aron) – Et lorsque l’arche partait, Moïse disait : « Lève-toi, Seigneur, et que tes ennemis soient dispersés. Que ceux qui te haïssent fuient devant ta face ! » (Lév. 10, 35). Car de Sion sortira la Torah, et la parole du Seigneur de Jérusalem (Is. 2, 3).

ברוך (Barûkh) – Béni soit (Celui) qui, dans sa sainteté, a donné la Torah à son peuple Israël !

Les jours de fête, l’officiant chante alors par trois fois solennellement les שלש עשרה מדות (shelosh ‘essreh middot) (treize attributs de Dieu ; cf. Ex. 34, 6-7) :

ה’ ה (Adonaï, Adonaï) – le Seigneur, le Seigneur est un Dieu miséricordieux et bienveillant, longanime et riche en grâce et fidélité. Il conserve sa grâce jusqu’à la millième génération, pardonne iniquité, transgression et péché, et rend pur.

Suivant la fête on ajoute aux middot un רבונו של עולם (Ribbono shel ‘olam), « Maître de l’Univers », prière individuelle pour les besoins spirituels et matériels de chacun.

Ensuite on récite le בריך שמה (berikh shemeh), « Béni soit le Nom du Maître de l’Univers », passage emprunté au Zohar.

Après le berikh shemeh, on fait sortir de l’arche autant de rouleaux qu’il faut pour la lecture. Le ministre officiant, un rouleau sur le bras, se retourne vers les fidèles et chante sur un ton solennel la profession de foi d’Israël :

שמע ישראל (Shema Yisrael) – Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un ! (Deut. 6, 4)

אחד אלהינו (ehad Eloeinû) – Unique est notre Dieu ; grand notre Dieu, saint (à Rosh hashanah et Yom Kippûr, on ajoute : et redoutable) est son Nom !

גדלו (gadelû) – Exaltez le Seigneur avec moi, et tous ensemble nous voulons glorifier son Nom ! (Ps. 34, 4)

Dans la plupart des communautés d’Allemagne on omet les deux premiers passages : Shema et ehad Eloeinû.

Lorsque l’officiant chante gadelû, il se tourne vers l’arche sainte. Ensuite on porte les rouleaux en procession à la bemah où aura lieu la lecture. Les fidèles quittent alors leurs places et vont au-devant de la Torah, qu’ils embrassent dévotement au passage.

Pendant la procession on chante le texte suivant :

לך ה (Lekha Adonaï) – A Toi, Seigneur la grandeur, la puissance, la magnificence, la splendeur et la gloire, car tout au ciel et sur la terre (t’appartient) ; à Toi, Seigneur la royauté ; à Toi de t’élever au-dessus de tout ! (Chron. 29, 11) Exaltez le Seigneur notre Dieu, et prosternez-vous devant l’escabeau de ses pieds ; il est saint ! (Ps.89, 5). Exaltez le Seigneur, notre Dieu et prosternez-vous devant sa montagne sainte, car saint est le Seigneur, notre Dieu ! (ib. 9).

Lorsque l’officiant monte les marches de la bemah on dit une autre prière, plus longue les sabbats et fêtes, plus courte les autres jours. Voici la version longue de ce passage :

ועל הכל (we’al hakol) – Au-dessus de tout, soit proclamée la grandeur, soit sanctifié, loué, glorifié, exalté et élevé le Nom du Roi des rois, du Saint, béni soit-il! Dans les mondes qu’il a créés, dans ce monde-ci et dans le monde à venir. Conformément à sa volonté, à la volonté de ceux qui le craignent, et à la volonté de toute la maison d’Israël. Rocher de l’Univers, Seigneur de toutes les créatures, Dieu de toutes les âmes! (Toi) qui habites les espaces supérieurs, qui depuis (les jours) anciens trônes dans les cieux des cieux. Sa sainteté (brille) sur les Hayyot, sa sainteté (brille) sur le trône de gloire. Ainsi soit donc sanctifié ton Nom en nous, ô Seigneur, notre Dieu, aux yeux de tout être vivant. Et nous voulons entonner devant Lui un cantique nouveau, comme il est écrit (Ps. 68, 5) : Chantez à Dieu, célébrez son Nom. Frayez un chemin (à Celui) qui avance sur les nuées. Yah est son nom ; jubilez en sa présence! (Qu’il nous soit donné) de le voir de nos yeux lors de son retour dans sa demeure (le Temple), comme il est écrit (Is. 52, 8): « Car ils voient de leurs yeux le retour du Seigneur à Sion ». Et il est écrit (ib. 40, 5) : La gloire du Seigneur apparaîtra et toute chair ensemble (la) verra, car la bouche du Seigneur a parlé.

אב הרחמים (Av harahamim) – Que le Père des miséricordes ait pitié du peuple qu’il protège (cf. Is. 46, 3), et qu’il se souvienne de l’alliance avec les (hommes) puissants (les Patriarches ; cf. Lév. 26, 42), qu’il sauve nos âmes des heures du mal, qu’il détourne le mauvais penchant de ceux qu’il porte (comme sur des ailes : cf. Ex. 19, 4). Qu’il nous donne sa grâce pour nous soutenir à jamais cf. II Rois, 13, 23), et qu’il comble nos désirs d’une riche mesure, (pour qu’en découle pour nous) salut et miséricorde.

Arrivé sur la bemah, l’officiant pose le rouleau sur le pupitre et appelle la première personne à la lecture. Cette première עליה (‘aliyah), « montée sur la tribune », revient de droit à un כהן (kohen) (descendant de la maison d’Aaron).

La formule d’appel varie légèrement selon qu’il s’agit d’un jour ordinaire ou d’un sabbat, etc. Voici la formule pour les sabbats et fêtes :

ויעזור (weya’azor) – Il vient au secours, protège et sauve tous ceux qui ont confiance en Lui, et nous voulons dire : Amen! Tous, rendez (hommage) à la grandeur de notre Dieu, et chantez la gloire de sa Torah. Béni soit Celui qui, dans sa sainteté donne la Torah à son peuple Israël. La Torah du Seigneur est parfaite, elle réconforte l’âme ; le témoignage du Seigneur est véridique, il donne la sagesse aux simples (Ps. 19, 8). Les ordonnances du Seigneur sont droites, elles réjouissent le coeur ; le précepte du Seigneur est pur, il illumine les yeux (ib. 9). Le Seigneur donne la force à son peuple, le Seigneur bénit son peuple (en lui donnant) la paix (ib. 20, 11) Dieu! ses voies sont parfaites ; la parole du Seigneur est éprouvée ; il est un bouclier pour tous ceux qui mettent leur confiance en Lui (ib. 18, 31).

Ce sont les fidèles qui répondent tous ensemble à l’officiant :

ואתם (we’atem) – Et vous, qui êtes attachés au Seigneur, votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui (Deut. 4, 4).

Avant de continuer l’étude des textes des prières, nous voulons retracer sommairement les différentes phases d’évolution des formules dont nous avons parlé jusqu’ici par rapport à la lecture liturgique de la Torah.

Une chose est certaine ; les documents les plus anciens de la Tradition juive ne disent rien au sujet de prières particulières qui auraient accompagné la sortie et la reposition [= remise en place] des rouleaux sacrés
Dans la Mishna (cf. Yoma VII, 1 et Sota, VII, 1), on parle de la הוצאה (hotsa’ah) « sortie « des rouleaux, sans qu’il soit question de prières à réciter à ce moment. Le premier qui, assez confusément, nous fournit la description d’une véritable liturgie de la (hotsa’ah) est le [traité] Massekhet Soferim (XIV, 8- 14. C’est le schéma indiqué à cet endroit qui a servi de base à tous les rituels depuis le Seder R. ‘Amram.

Lorsqu’on examine de plus près la structure des cérémonies de la (hotsa’ah), on est tenté de supposer qu’elle s’inspire, consciemment ou non, du transfert de l’Arche d’Alliance par le roi David, décrit dans II Sam. 6, 5 (cf. I Chron. 13, 8 ; 15, 28 ss.).

Bien que les textes bibliques récités au moment de la (hotsa’ah) soient déjà attestés dans leur ensemble par la Massekhet Soferim, aucune uniformité à cet égard ne s’est établie dans les différents rites.
Ainsi, le אין כמוך (ein kamokha) et les versets qui s’y rattachent – nous l’avons déjà dit – ne se sont même pas imposés à l’ensemble du Minhag ashkenaz.
Quant au ויהי בנסע (wayehi binesso’a), nous savons par certains rituels manuscrits que, déjà au 13e siècle, sa récitation était d’usage dans les communautés du Midi de la France ; mais il n’a été adopté en Allemagne qu’à partir du 16ème siècle.

La solennelle profession de foi en présence des rouleaux de la Loi, constituée par les versets: שמע ישראל (Shema Yisrael), אחד אלהינו (ehad ‘elohéinû) et גדלו (gadelû), a également sa place dans la Massekhet Soferim. Mais c’est seulement le verset gadelû qui a été adopté dans tous les rites, tandis que le Shema Yisrael et le ehad ‘eloheinû ne figurent que dans les Siddûrim italien et allemand. Dans le Minhag ashkenaz, leur récitation est d’ailleurs limitée aux sabbats et aux fêtes.

La prière על הכל (‘al hakol), dont nous avons reproduit le texte en traduction, remonte à l’époque des Gueonim et offre certaines analogies de style avec le Qaddish.

D’après la Massekhet Soferim, on élève le rouleau ouvert et le montre aux fidèles avant la lecture. Cette cérémonie accompagnée elle aussi de plusieurs versets bibliques, n’a cependant lieu, dans le rite allemand, qu’après la lecture publique.

Le cadre que nous venons de décrire constitue comme la charpente de la hotsa’ah. En plus, un certain nombre de prières s’y sont ajoutées, au fur et à mesure, dans les différents rites.
Ainsi, le בריך שמה (berikh shemeh) et le רבונו של עולם (Ribbono shel ‘olam) – les idées qui y sont exprimées et le style de ces prières le manifeste[nt] avec une clarté suffisante – proviennent du patrimoine cabbalistique qui, à certaines époques – nous l’avons souvent souligné en passant – a envahi le Siddûr. Le berikh shemeh, emprunté au Zohar (cf. péricope wayaqhel : Ex. 35, 1 – 37, 20) a d’abord fait apparition dans les recueils de prières extra-liturgiques imprimés en Italie. À partir de 1600, il s’infiltre peu à peu dans les Siddûrim officiels.
Le Ribbono shel ‘olam, récité aux jours de fête avant le berikh shemeh, est emprunté au fameux Siddûr cabbalistique Sha’aré Tsiyyion dont nous avons déjà parlé plus haut.
La récitation des middot au moment de la hotsa’ah est aussi une pratique cabbalistique. Son insertion dans le Siddûr est due à l’initiative des disciples d’Isaac Lûria, le célèbre cabbaliste de Safed.

Pendant que le ministre officiant appelle la première personne à la lecture, on « déshabille » le rouleau posé sur le pupitre de lecture.

Après l’arrivée du כהן (kohen) à la tribune, on ouvre le rouleau et on lui indique, à l’aide de la יד (yad), le premier mot de la péricope qu’on va lire pour lui. Le kohen, tenant de la main droite deux tsitsit, « franges rituelles de son טלית (tallit), « châle de prière », baise le rouleau à l’endroit indiqué, en y appliquant les tsitsit, qu’il porte ensuite à ses lèvres.

Puis, il saisit des deux mains le bas des עצי חיים (‘atsei hayyim) (bâtons autour desquels est enroulé le rouleau), ferme le rouleau et entonne la bénédiction suivante :

ברכו (barekhû) – Louez le Seigneur, le (Dieu) béni! Loué soit le Seigneur, le (Dieu), le Dieu béni à tout jamais!
Sois loué, Seigneur, notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous as élus parmi tous les peuples, et nous as donné ta Torah. Sois loué, Seigneur, qui donnes la Torah!

Lorsqu’il a fini, le בעל קורא (ba’al qore), « lecteur », répond « Amen » à la bénédiction et commence immédiatement la lecture. Après celle-ci, le kohen prononce une seconde bénédiction dont voici le texte:

Sois loué, Seigneur, notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous as donné la Torah de vérité, et qui (par elle) as implanté la vie éternelle en nous. Sois loué, Seigneur qui donnes la Torah !

On procède de la même manière pour toutes les lectures qu’on fait et dont le nombre varie selon les circonstances.

Celui qui vient d’être rétabli d’une grave maladie, qui a fait un voyage sur mer ou qui a échappé à un autre danger sérieux, ajoute ici encore la bénédiction suivante :

ברוך (barûkh) – Sois loué, Seigneur, notre Dieu, Roi de l’Univers, qui prodigues des bienfaits à (des hommes) coupables ; (tu) m’as prodigué tous les biens!

Et la communauté répond :

הגומל (Hagomel) – [Que] Celui qui t’a prodigué tout bien (daigne) te combler (aussi à l’avenir) de tous les bienfaits !

L’usage veut que celui qui est appelé à faire lecture de la Torah, fasse, à cette occasion, une aumône pour une oeuvre charitable ou quelque chose d’analogue. En revanche, on dit pour lui une bénédiction appelée communément מי שברך (Mi sheberakh), d’après les mots par lesquels elle commence ; « [Que] Celui qui a béni nos pères, Abraham, Isaac et Jacob (daigne aussi) bénir un tel… ». La multiplication des « Mi sheberakh » en certaines occasions a donné lieu à beaucoup de désordre dans l’office synagogal.

Après la dernière lecture, a lieu la cérémonie de la הגבהה (hagbahah) ou « élévation ». La personne à qui échoit cet honneur, se rend sur la bemah, saisit le rouleau de la Torah par les bâtons qui lui servent de support, l’ouvre, l’élève aussi haut que possible et le montre à l’assistance en le tournant dans tous les sens [plutôt « toutes les directions »]. Pendant que le rouleau est ainsi montré aux fidèles, ceux-ci récitent les versets suivants :

וזאת התורה (wezot haTorah) – Celle-ci est la Torah que Moïse a mise devant (les yeux) des enfants d’Israël (Deut. 4, 44), conformément à l’ordre du Seigneur par l’intermédiaire de Moïse (Nombr. 4, 37). Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent, et celui qui s’y appuie s’enrichit (Prov. 3, 18). Ses voies sont des voies agréables, et tous ses sentiers (des sentiers) de paix (ib. 17). Une longue vie (est donnée) par sa droite, et par sa gauche richesse et gloire (ib. 16). Le Seigneur l’a désirée à cause de sa justice ; il fait grande la Torah et la magnifie ! (Is. 42, 21).

Ensuite, on revêt le rouleau de ses divers ornements. Cette cérémonie est appelée גלילה (guelilah), « fermeture » (par action de rouler).

Les jours où l’on fait lecture d’une péricope d’un livre prophétique, la הפטרה (haftarah), on lit pour le (maftir) (personne désignée pour la lecture de la péricope prophétique), comme lecture de la Torah, concernant les sacrifices propres à telle fête soit la dernière partie de la péricope du jour – ce qui se pratique les sabbats ordinaires -, soit, dans un autre rouleau, un passage se rapportant à la fête : prescriptions concernant les sacrifices particuliers pour telle fête, etc.

Après cette lecture, le maftir commence la haftarah, précédée et suivie également d’une série de bénédictions, dont voici le texte :

Avant la haftarah :

ברוך (barûkh) – Sois loué, Seigneur, notre Dieu, Roi de l’Univers, qui as choisi parmi les prophètes (des hommes) de bien et qui as pris plaisir à leurs paroles, prononcées en sincérité. Sois loué, Seigneur, qui as choisi la Torah, et Moïse, ton serviteur, et Israël, ton peuple, et les prophètes, (hommes) de vérité et de justice.

Après la haftarah :

ברוך (barûkh) – Sois loué, Seigneur, notre Dieu, Roi de l’Univers, Rocher de toutes les éternités, (Dieu) juste à toutes les générations. (Tu es) le Dieu fidèle, qui annonces (tes oeuvres) par ta parole et les exécutes, qui promets et accomplis (ta promesse), (Toi) dont toutes les paroles sont vérité et justice.

נאמן אתה (ne’eman atah) – Tu es fidèle, ô Seigneur, notre Dieu, et tes paroles sont des (paroles) de fidélité et aucune de tes paroles ne reste vaine. Car Toi, ô Dieu, tu es un Roi fidèle et miséricordieux. Sois loué, ô Seigneur, Dieu fidèle en toutes ses paroles!

רחם (rahem) – Aie pitié de Sion, car elle est la maison de notre vie ; ô (daigne) venir bientôt et de nos jours au secours de celle (Sion) dont l’âme est affligée ! Sois loué, Seigneur, qui causes de la joie à Sion par ses enfants !

שמחנו (samhenû) – Réjouis-nous, ô Seigneur, notre Dieu, par le prophète Élie, ton serviteur, et par le royaume de David, ton Oint ; qu’il vienne rapidement, afin que notre coeur jubile! Son trône ne sera (alors plus) occupé par un étranger et ce ne seront plus des étrangers qui hériteront de ta gloire. Car Tu lui as juré par ton saint Nom que sa lumière ne s’éteindra point à tout jamais. Sois loué, Seigneur, Bouclier de David.

L’eulogie finale est propre à la fête qu’on célèbre. Nous reproduisons celle du Sabbat :

על התורה (‘al haTorah) – À cause de la Torah, à cause du culte (divin), à cause des prophètes et à cause de ce jour de Sabbat que Tu nous as donné, ô Seigneur notre Dieu, pour la sanctification et le repos, pour la gloire et la louange : à cause de tout cela, ô Seigneur, notre Dieu, nous te rendons grâces et chantons tes louanges. Que ton Nom soit loué par la bouche de tout être vivant, toujours et à tout jamais! Sois loué, Seigneur, qui sanctifies le Sabbat!

Les lundi et jeudi, on récite ici une série de יהי רצון (yehi ratson) :

יהי רצון (yehi ratson) – Que notre Père dans les cieux daigne redresser la maison de notre vie (le Temple) et faire revenir la Shekhinah parmi nous, bientôt et de nos jours, et nous voulons dire [plutôt : « et disons »] : Amen!

Que notre Père dans les cieux daigne préserver au milieu de nous les sages d’Israël, eux, leurs femmes, leurs fils, leurs filles, leurs disciples et les disciples de leurs disciples, à tout endroit où ils habitent, et nous voulons dire [plutôt : « et disons »] : Amen!

Que la volonté de notre Père dans les cieux soit que nous entendions et qu’on nous annonce des messages salutaires et consolants, et qu’il rassemble nos exilés des quatre coins du monde, et nous voulons dire [plutôt : « et disons »] : Amen!

אחימו כל בות ישראל (aheinû kol bet Yisrael) – Nos frères toute la maison d’Israël, assujettis au malheur et à la captivité, qu’ils se trouvent en mer ou sur la (terre ferme) : que le Seigneur ait pitié d’eux et qu’il les mène de l’affliction à une existence pleinement épanouie, de l’obscurité à la lumière, de la servitude à la liberté, maintenant et dans un proche avenir, et nous voulons dire [plutôt : « et disons »]: Amen !

Les bénédictions qui encadrent la lecture de la Torah ont suivi l’évolution même de cette lecture. Primitivement, on se contentait de dire une bénédiction avant et une autre après la lecture de toute péricope, sans que chaque personne appelée à faire lecture d’une section de péricope eût à les répéter (cf. Megillah, IV, 1). Ce système a changé déjà du temps des Amoraïm.

La plus ancienne bénédiction qui soit connue pour la circonstance est celle que le grand prêtre disait le Yom Kippûr (cf. Yoma VII, 1). Comme bénédiction avant la lecture, le Talmud (j. Ber. VII, 2) mentionne déjà une formule qui commence par ברכו (barekhû). La formule qui commence par « qui nous as choisis parmi tous les peuples… » est commune à tous les rites. Dans le Talmud (Ber. 11b), c’est la bénédiction qu’on doit réciter avant toute étude de la Torah.

L’eulogie qui suit la lecture figure pour la première fois dans la Massekhet Soferim (XIII, 8), mais elle aussi est certainement beaucoup plus ancienne. La bénédiction qui précède la lecture est considérée par la Tradition comme étant מדאורייתא (mide’orayta), « imposée par la Torah » ; celle qui suit la lecture dérive de l’action de grâces après le repas (cf. Ber. 21a).

Nous avons déjà fait remarquer que, suivant l’usage actuel, qui est assez ancien, la première personne appelée à faire la lecture de la Torah est toujours un Aaronide, à condition, évidemment, qu’il y en ait dans l’assemblée. Cette pratique est attestée pour la première fois dans la Mishna (Gittin, V, 8).

Voici le passage en question :

Voici les choses que (les docteurs de la Loi) ont établies dans l’intérêt de la paix : un kohen lit (dans la Torah) en premier lieu, après lui un lévite, après lui un Israélite (ordinaire), dans l’intérêt de la paix.

Ce texte nous permet de conclure qu’anciennement, il y avait eu des compétitions concernant l’ordre à suivre dans les appels à la lecture de la Torah, car on insiste à deux reprises sur le fait que l’arrangement intervenu grâce à l’initiative des docteurs, était conditionné par le souci de garder la paix dans les communautés.

Nous savons que, dans les débuts du culte synagogal, la lecture de toute la péricope était faite par une seule personne. C’était alors quelqu’un de particulièrement instruit, ou un notable quelconque de la communauté. D’après Philon cette lecture était le privilège des prêtres et des anciens

Au temps des Amoraïm, on considérait déjà comme absolu le privilège du kohen d’être appelé en premier lieu, et il n’avait pas le droit d’y renoncer en faveur d’un non-Aaronide (cf. Gittin 59b). Mais de temps en temps, des docteurs particulièrement célèbres se substituaient néanmoins aux Aaronides, comme le Talmud nous l’apprend à propos de Rav (Megillah, 22a) et de Rav Hûna (Gittin 59b).

Là où il n’y avait point d’Aaronides dans l’assemblée, le lévite perdait aussi son droit de priorité. Pour les autres עליות (‘alyot), « appels (à la lecture) » [litt. : montées (à la bemah) pour la lecture], il n’y a pas de règle fixe. La coutume veut cependant que le rabbin de la communauté soit appelé immédiatement après le kohen et le lévite.

Les bénédictions qui encadrent la lecture de la Haftarah sont probablement presqu’aussi anciennes que celles pour la Torah. La littérature traditionnelle les mentionne pour la première fois du temps des Amoraïm, donc vers 300 après J.-Christ (cf. Pes. 117 b ; Shabbat 24a).

La bénédiction qui précède la Haftarah se rapporte beaucoup plus à la Torah qu’à une péricope prophétique. C’est en fait l’eulogie qui dans Deut. Rabba, XI, est mise dans la bouche de Moïse comme bénédiction sur la Torah. En choisissant cette eulogie pour la Haftarah, on voulait probablement exprimer le lien étroit entre la péricope prophétique et celle de la Torah et, en même temps insister sur la supériorité absolue de la Torah.

D’après les sources de la Tradition, la lecture de la Haftarah se termine par quatre autres bénédictions. La première de ces eulogies se rapporte à l’accomplissement des prophéties, la dernière varie selon les temps liturgiques. Les deux bénédictions du milieu sont d’ordre national : une pour Sion et une autre pour le Messie, fils de David.

Les יהי רצון (yehi ratson) qu’on récite les lundi et le jeudi pendant que le rouleau de la Torah est revêtu de ses ornements, ont déjà leur place dans le Seder Rav ‘Amram Gaon.

2. Prières intercalées entre la lecture de la Torah et la reposition [plutôt « remise en place »] des rouleaux

Tandis que les jours de semaine, la lecture de la Torah est immédiatement suivie de la cérémonie de la reposition [remise en place] des rouleaux, un certain nombre de prières sont récitées le jour de sabbat, avant la reposition [= remise en place].

Il s’agit d’abord de deux formules rédigées en araméen. La première est une bénédiction à l’intention des autorités religieuses et nationales de Babylonie et de Palestine, la deuxième s’applique à la communauté locale. Voici le texte de ces deux prières :

יקום פורקן (yeqûm pûrqân) – Que vienne [plutôt « qu’advienne », « que se réalise »] la rédemption du ciel, bienveillance, grâce, miséricorde, longue vie, subsistance abondante, secours du ciel, santé du corps et lumière d’en haut ; descendance vigoureuse et durable, une descendance qui ne s’éteindra jamais et qui ne se lassera pas des paroles de la Torah ; (que tout cela soit donné en héritage), à nos seigneurs et maîtres, aux saintes assemblées, à ceux qui habitent dans le pays d’Israël et à ceux qui habitent en Babylonie ; aux présidents des réunions publiques d’étude [1], aux exilarques [2], aux chefs des académies [3] et aux juges (qui siègent) aux portes (des villes) ; à tous leurs disciples, aux disciples de leurs disciples et à tous ceux qui s’occupent (de l’étude) de la Torah. Le Roi de l’Univers (daigne) les bénir ; qu’il allonge leur vie, multiplie leurs jours et donne longue (durée) à leurs années, afin qu’ils soient rachetés et libérés de toute affliction et de toute souffrance maligne. [Que] Notre maître du ciel soit leur secours, de tout temps et à tout moment, et que l’on dise : Amen!

יקום פורקן (yeqûm pûrqân) – Que vienne [plutôt « qu’advienne »] la rédemption du ciel… à toute cette sainte communauté, aux grands et aux petits, aux enfants et aux femmes. Le Roi de l’Univers les bénisse…

On y ajoute encore une prière pour les bienfaiteurs de la Communauté :

מי שברך (mi sheberakh) – [Que] Celui qui a béni nos pères, Abraham, Isaac et Jacob (daigne) bénir toute cette sainte communauté, (en union) avec toutes les (autres) saintes communautés ; eux (c’est-à-dire les membres de la communauté, leurs épouses, leurs fils, leurs filles et tout ce qui est à eux. (Qu’il daigne bénir particulièrement) ceux qui font construire des maisons de réunion (synagogues) pour la prière et ceux qui s’y rendent pour prier ; ceux qui font don de luminaires pour éclairer (les synagogues), de vin pour קדוש (Qiddûsh) et הבדלה (Havdalah[4], qui donnent du pain aux hôtes (de passage) et (qui font) la charité aux pauvres. (Qu’il daigne bénir encore) tous ceux qui, avec fidélité, s’occupent des besoins de la communauté. [Que] Le Saint, béni soit-il (daigne) leur donner la récompense ; qu’il tienne loin d’eux toute maladie, (envoie) guérison à leur corps, pardonne leurs péchés et comble de bénédiction et de réussite toutes les oeuvres de leurs mains ; avec tout Israël, leurs frères, et que l’on dise: Amen !

Dans la plupart des communautés, on récite ici une prière pour le chef de l’État ou le gouvernement. Très souvent cette prière est dite en langue vulgaire ; elle varie en plus selon les pays. La coutume de prier en cet endroit pour les autorités civiles est assez ancienne. Nous reproduisons, à titre d’exemple, la prière de circonstance reproduite dans le Seder ‘Avodat Yisrael. Selon les liturgistes du Moyen Âge, cette prière est basée sur Jér. 29, 7 : « Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez le Seigneur pour elle, car son bien sera votre bien. » L’autre racine biblique se trouve dans Esdr.6, 10, dans le cadre d’un passage qui reproduit l’édit de Darius en faveur de la reconstruction du Temple : « …afin qu’ils (les Juifs) offrent des sacrifices d’agréable odeur au Dieu du ciel, et qu’ils prient pour la vie du roi et de ses fils ». Nous savons qu’au Temple de Jérusalem, à l’époque de la domination romaine, on offrait des sacrifices pour l’empereur. D’après Philon, une prière pour l’empereur fut également dite dans les synagogues d’Alexandrie. Voici la prière en question dans son état actuel :

הנותן תשועה למלכים (Hanoten teshûah lamalakhim) – Celui qui donne (le) salut aux rois (Ps. 144, 10) et (la) domination aux princes ; son royaume est un royaume éternel (cf. Ps. 145, 13) ; qui sauve David, son serviteur, du glaive meurtrier (ib. 144, 10), qui ouvre un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes (Is. 43, 16) (daigne) bénir, garder, préserver, secourir, exalter, rendre grand et élevé au-dessus (de tout) notre seigneur N. N. ; que sa gloire augmente ! (que) le Roi des rois dans sa miséricorde lui conserve la vie, le préserve de toute affliction et peine, et le sauve de tout danger, qu’il lui soumette les nations (ennemies : cf. Ps. 18, 48), fasse tomber devant sa face ceux qui le haïssent, et lui donne réussite en tout ce qu’il entreprend. Que le Roi des rois, dans sa miséricorde (daigne) mettre dans son coeur et dans le coeur de tous ses conseillers et fonctionnaires (des sentiments) de pitié, afin qu’ils agissent en bien avec nous et avec tout Israël.

Dans ces jours et à notre époque, Juda sera sauvé et Israël habitera en sécurité (cf. Jér., 23, 6). Et pour Sion viendra un Rédempteur (Is. 59, 20) ; que telle soit sa volonté ! Amen.

Les sabbats qui précèdent une néoménie, on insère à cet endroit de la prière la proclamation de la néoménie. Nous donnerons la description complète de cette cérémonie lorsque nous traiterons des néoménies.

Après cette série de prières, l’officiant entonne le Ps. 145. Après la récitation de ce psaume, on insère dans la plupart des communautés au-delà de l’Elbe, donc dans les pays du מנהג פולין (Minhag Polin), « rite polonais », le אב הרחמים (Av harahamim), prière de souvenir pour les martyrs. En Allemagne même cette prière n’est dite que deux fois par an, le sabbat qui précède la Pentecôte et celui qui précède le 9 Av, jour anniversaire de la destruction du Sanctuaire. Cependant, cette commémoraison des martyrs est également omise dans les communautés du Minhag Polin chaque fois qu’un sabbat est marqué par un événement : noces, circoncision, etc., et qu’il tombe un jour où, en semaine, on ne dit pas le Tahanûn.

Le אב הרחמים (Av harahamim) remonte à l’époque des Croisades lorsque, tout le long du Rhin, mais aussi dans d’autres régions d’Allemagne, des communautés juives entières furent exterminées par la populace dûment excitée, par des instigateurs, contre « les ennemis du Christ ».

La coutume allemande de réciter le Av harahamim les sabbats avant la Pentecôte Et avant le 9 Av s’explique par le fait qu’en ces jours on lisait autrefois, dans les communautés particulièrement éprouvées du temps des Croisades, les « Mémoriaux », longues listes contenant les noms des martyrs du lieu. Cette prière a été insérée également dans les Siddûrim du rite italien. Voici le texte :

אב הרחמים (Av harahamim) – [Que] (Le) Père des miséricordes qui trône dans les hauteurs, (daigne) se souvenir dans sa puissante miséricorde des (hommes) pieux, droits et intègres, (des membres) des saintes communautés qui ont livré leur âme pour la sanctification du Nom (divin) [5]. Les chéris et les aimés, dans la vie et dans la mort, ils ne furent point séparés. Ils étaient plus agiles que les aigles, ils étaient plus forts que les lions (II Sam.1, 23 : chant funèbre de David à la mort de David et de Jonathan) (lorsqu’il s’agissait) d’accomplir la volonté de leur Créateur et le désir de leur Rocher. Souviens-toi d’eux, ô notre Dieu, pour de bon, avec tous les autres justes du monde, et tire vengeance de nos jours et à nos yeux du sang versé par tes serviteurs, comme il est écrit dans la Torah de Moïse, l’homme de Dieu (Deut. 32, 43) : Nations, chantez les louanges de son peuple, car le Seigneur venge le sang de ses serviteurs, il tire vengeance de ses adversaires, et il opère l’expiation (pour) sa terre et pour (son) peuple. Et par tes serviteurs les prophètes, il a été écrit (Joël, 4, 21) : et je vengerai leur sang que je n’avais pas encore vengé ; et le Seigneur trônera en Sion. Et dans les hagiographes il est dit (Ps. 79, 10) : Pourquoi les nations diraient-elles : Où est leur Dieu ? Qu’on connaisse parmi les nations, sous nos yeux, la vengeance (que tu tires) du sang versé de tes serviteurs. Et (le psalmiste) dit encore (ib. 9, 13) : Car Celui qui redemande le sang versé s’est souvenu, il n’a point oublié le cri des affligés. Et (le psalmiste) continue (ib. 110, 67) : Il exerce son jugement parmi les nations : (tout est) rempli de cadavres ; il brise les têtes sur la terre entière. Il boit au torrent sur le chemin, c’est pourquoi il relève la tête [6].


3. La reposition [= remise en place] des rouleaux

Après cette série de prières, propres à l’office du Sabbat, a lieu la cérémonie de la reposition [= remise en place] des rouleaux. L’officiant prend le rouleau de la Torah et s’écrie :

יהללו (yehallelû) – Que (toutes les créatures) louent le Nom du Seigneur, car son Nom seul est sublime ! (Ps. 148, 13).

Une procession se forme, comme avant la lecture, et on reporte les rouleaux vers l’arche sainte. Pendant que l’officiant descend les marches de la bemah, les fidèles continuent à réciter quelques versets du Ps. 148 :

הודו על ארץ (hodo ‘al erets) – Sa gloire est au-dessus du ciel et de la terre, il a relevé la puissance de son peuple, (sujet de) louange pour tous ses fidèles, pour les enfants d’Israël, le peuple qui est près de Lui, alleluia !

Pendant le parcours, on dit en semaine le Ps. 24, le Sabbat le Ps. 29. Arrivé devant l’arche sainte, l’officiant y place le rouleau. Avant de se retirer pour reprendre sa place habituelle, il dit encore ce qui suit :

ובנחו יאמר (ûvenûhoh yomar) – Et quand (l’arche) s’arrêtait, Moïse disait : « Reviens, Seigneur, vers les myriades de milliers d’Israël » (Nombr. 10, 36). Viens, Seigneur, (viens au lieu de) ton repos, Toi et l’arche de ta majesté (Ps. 132, 8). Que tes prêtres soient revêtus de justice, et que tes fidèles jubilent (ib. 9). À cause de David, ton serviteur, ne repousse pas la face de ton Oint (ib. 10). Car je vous ai donné une bonne doctrine, ma Torah, ne l’abandonnez (jamais) (Prov. 4, 2). Elle est un arbre de vie pour ceux qui l’observent, elle est richesse pour celui qui en fait son appui (ib. 3, 18). Ses voies sont des voies agréables, tous ses sentiers (des sentiers) de paix (ib.17). Fais-nous revenir à Toi, Seigneur, et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme autrefois (Lament. 5, 21).

Les prières de la הכנסה (hakhnasah), « reposition » [litt. « introduction », « mise à l’intérieur » (de l’arche = tabernacle)] ne sont pas attestées du tout dans les anciennes sources, et même la Massekhet Soferim n’en fait pas mention. Rav ‘Amram est le premier qui prévoit, à cette occasion, la récitation de Ps. 148, 13-14. Cette récitation s’est imposée dans tous les rites

Quant à la prière de reposition [au sens évoqué plus haut] récitée avant la fermeture des portes de l’arche sainte, elle est composée d’un nombre variable de versets bibliques. Nomb. 10, 36 et Lament. 5, 21 sont communs à tous les rites.


4. La cérémonie de la hazkarat neshamot (commémoration des défunts)

En certaines occasions de l’année, on insère, avant la prière אב הרחמים (Av harahamim), une cérémonie particulière pour les morts, appelée הזכרת נשמות (hazkarat neshamot) ou « commémoration des âmes (des défunts) ». Le plus souvent cette cérémonie est simplement désignée par le mot מזכיר (mazkir), « mémoire », emprunté au Shûlhan ‘arûkh (Orah hayyim, 621, 6), où le paragraphe consacré à cette cérémonie commence par le mot מזכירין (mazkirin), « on fait mémoire ».

La coutume de prier pour les morts est, certes, très ancienne dans le Judaïsme, car déjà dans II Macc. 12, 39-45 – rappelons cependant en passant que les livres des Maccabées ne font pas partie du canon palestinien, seul reconnu par le Judaïsme depuis l’époque talmudique –, on raconte que Judas Maccabée et ses compagnons d’armes firent des prières particulières pour leurs camarades tombés sur le champ de bataille, et envoyèrent des offrandes au Temple pour l’expiation des péchés des morts.

Dans Sifré de Deut., XXI, 8 (cf. Horayot, 6a), il est également question d’un sacrifice d’expiation en faveur des morts. Le Midrash Tanhûma (sur Deut. 32), rédigé au 8e siècle, cite le passage de Sifré dont nous venons de faire état, pour justifier la coutume, déjà existante alors, de faire mémoire des morts le Yom Kippûr et les jours de sabbat et de faire des aumônes pour leur repos. Certains docteurs, comme par exemple Haï Gaon, se sont pourtant prononcés contre cet usage, en faisant valoir des motifs théologiques. D’après eux, ne pouvaient avoir de valeur aux yeux de Dieu que les mérites acquis par les défunts leur vie durant.

La cérémonie de la hazkarah s’est surtout imposée, dans les pays du Minhag ashkenaz, depuis le temps de la première Croisade (1096), dont nous avons rappelé, il y a un instant, les répercussions fatales sur les juiveries de Rhénanie. Pour soustraire les noms des martyrs à l’oubli, on les inscrivait dans des livres particuliers dont on faisait lecture, dans le cadre de l’office synagogal, le Yom Kippûr et les sabbats entre Pessah et Shavû‘ot, période où autrefois avaient eu lieu les plus terribles massacres.

Bientôt les fidèles se mirent à ajouter, à cette occasion, une prière particulière pour les défunts de leur famille, d’abord une seule fois par an, le Yom Kippûr. Restreint au début à la Rhénanie, cet usage fut aussi adopté par les communautés d’Italie, où il fut étendu à tous les sabbats de l’année.

Quant à l’Europe orientale, donc aux pays du rite polonais, la coutume de la hazkarah y a certainement été introduite par les réfugiés de Rhénanie qui y affluèrent à l’époque des Croisades. Probablement sous influence italienne, on y adopta plus tard l’usage de dire tous les sabbats de l’année, à quelques exceptions près, le Av harahamim pour les martyrs. Cet usage s’y est maintenu jusqu’à l’époque contemporaine.

Dans beaucoup de communautés qui suivent le Minhag Polin, on fait en outre mémoire des défunts, dans la liturgie le huitième jour de Pessah, le deuxième jour de Shavû‘ot, à Shemini ‘atserèt, et le Yom Kippûr. Après la lecture de la Torah, chaque fidèle, à condition d’être orphelin de père et de mère, – ceux qui ont encore leurs parents quittent la synagogue pendant cette cérémonie – dit d’abord une prière particulière pour ses défunts. Ensuite, l’officiant chante une prière collective dans laquelle sont évoqués les noms des personnages qui ont particulièrement mérité de la communauté. Dans les communautés numériquement plus importantes, on inscrit les noms dont on fait mémoire dans un livre spécial appelé קונטרס (Qûntres), « recueil ». La cérémonie se termine par le Av harahamim pour les martyrs.

Les lundi et jeudi, ainsi que les sabbats, à Minhah, on dit, à la demande de ceux qui sont appelés pour faire lecture de la Torah, une prière pour les défunts de leur famille.

En Allemagne même, le mazkir général n’est d’usage qu’une seule fois dans l’année, le Yom Kippûr. Dans certaines communautés sépharadites d’Afrique du Nord, on proclame toutes les semaines ou tous les mois les noms des membres de la communauté décédés entre temps, et les fidèles font pour le repos de leurs âmes une prière en silence, appelée השכבה (hashkavah). Une telle prière est aussi dite, dans toutes les communautés sépharadites, à la demande de quiconque a été appelé à la lecture de la Torah.

Depuis le mouvement de réforme du culte synagogal, donc pratiquement depuis le milieu du siècle dernier, la cérémonie de mazkir a connu un développement considérable, et dans beaucoup de communautés on a créé à cette occasion toute une paraliturgie, en grande partie en langue vulgaire. À une époque où la désagrégation des structures traditionnelles se faisait avec une vitesse extrême, on a ainsi voulu faire appel aux sentiments de piété à l’égard des défunts, pour assurer aux offices une assistance numériquement plus importante. On y a souvent réussi sans que ce culte des morts ait cependant exercé une influence réelle sur le sentiment religieux comme tel. L’assistance à la seule cérémonie de mazkir était souvent la dernière étape avant l’abandon total de tout contact avec la synagogue et sa liturgie.


Textes de prières pour les défunts

Voici quelques formules de prières qui sont en usage lors de la hazkarat neshamot. D’abord la prière qu’on dit en particulier pour les défunts de la famille :

יזכור אלהים (yizkor Elohim) – Que Dieu se souvienne de l’âme – ici on insère : de mon père, de ma mère, etc. – qui s’en est allée dans son éternité, puisque je fais vœu de donner une aumône pour elle. Qu’à ce prix son âme soit liée dans le faisceau de la vie (I Sam. 25, 29), avec les âmes d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, de Sara, Rebecca, Rachel et Léa, et avec les autres justes, hommes et femmes qui sont au paradis, et que l’on dise : Amen !

La prière que l’officiant fait à la demande d’un membre de la famille, ou qu’on dit à l’heure de la hazkarah, pour tous les défunts de la communauté, s’énonce comme suit :

אל מלא רחמים (El male rahamim) – Dieu plein de miséricorde qui trônes dans les hauteurs (cf. Is. 33, 5), fais trouver un repos équitable sur les ailes de la Shekhinah, dans la hauteur (réservée aux) saints et aux purs qui brillent comme l’éclair du firmament (cf. Dan. 12, 3) à l’âme de… qui s’en est allée dans son éternité, parce que je fais vœu de faire l’aumône pour la mémoire de son âme. Que son repos soit au paradis. C’est pourquoi le Seigneur des miséricordes (daigne) le protéger à tout jamais sous l’ombre de ses ailes (cf. Ps. 31, 25, 29). Que le Seigneur soit son héritage, afin qu’il repose en paix sur sa couche (funèbre), et que l’on dise : Amen !

Pour terminer ce tour d’horizon de prières pour les défunts, une hashkavah du rituel sépharadite :

טוב שם (tov shem) – Une bonne renommée vaut mieux qu’un bon parfum, et le jour de la mort que le jour de la naissance (Eccl. 7, 1). Fin du discours, le tout entendu : crains Dieu et observe ses commandements, car c’est là le tout de l’homme (ib. 13). Les fidèles triomphent dans la gloire, ils tressaillent (de joie) sur leur couche (Ps. 149, 5).

Un repos équitable dans la demeure supérieure, sous les ailes de la Shekhinah, dans la hauteur des (hommes) saints et purs qui luisent et brillent comme l’éclat du firmament (cf. Dan. 12, 3). Réconfort du corps, expiation des fautes, (une existence) où le péché est loin et le salut proche, (là où est) clémence et faveur, devant Celui qui habite la (sainte) demeure, et une bonne part à la vie du monde à venir : là soit la demeure et (le lieu de) repos de l’âme de… L’Esprit de Dieu (daigne) conduire dans le paradis (celui) qui, par la volonté du Seigneur du ciel et de la terre a quitté ce monde. Que le Roi des rois, dans sa miséricorde, ait pitié de lui et se montre clément (à son égard). Que le Roi des rois, dans sa miséricorde, le protège sous l’ombre de ses ailes et sous sa tente (Ps. 31, 21, (afin qu’il soit jugé digne) de voir la magnificence du Seigneur et de visiter son sanctuaire (céleste). À la fin des jours, (Dieu) le ressuscitera et lui donnera à boire du ruisseau de ses délices. Que (le Seigneur) lie son âme dans le faisceau de la vie (I Sam. 25, 29), afin que son repos soit glorieux, (car) le Seigneur est son héritage (Deut. 10, 9). Que sa part soit la paix, et que sur son lieu de repos règne la paix, comme il est écrit (Is. 57, 2) : Qu’il entre dans la paix ! Ils reposent sur leurs couches) ceux qui ont suivi le droit chemin. (Que tel soit son sort) à lui et à tous les défunts du peuple d’Israël, (afin qu’ils obtiennent) miséricorde et pardon. Que telle soit la volonté (du Seigneur). Amen.

 

Pro manuscripto

Hors commerce


  1. Depuis le temps des Amoraïm, les académies talmudiques de Sûra et de Pûmbedita organisaient, deux fois par an, pendant les mois d’Adar et d’Elûl, des réunions publiques d’étude, appelée כלה (kallah), "assemblée générale". Le but de ces réunions était de permettre une certaine initiation, sous forme condensée, en faveur de ceux qui, faute de temps, n’avaient pu suivre l’enseignement régulier au cours du semestre. En plus, les cours des mois de kallah servaient d’occasion de repasser la matière aux auditeurs ordinaires des académies, qui alors passaient leurs examens. La dernière semaine d’un mois de kallah était chaque fois réservée à des conférences populaires.
  2. Il n’y avait jamais plus d’un seul exilarque ריש גלותא (resh galûta). Le pluriel qui figure dans le texte du יקום פורקן (yeqûm pûrqân), semble indiquer qu’en l’occurrence il fallait comprendre ce terme dans un sens plus large. Le texte vise très probablement tous les chefs de l’administration civile du Judaïsme babylonien, dont l’exilarque était le président.
  3. Les académies par excellence sont celles de Sûra et de Pumbedita en Babylonie. Mais, étant donné que le texte, au début, parle également des docteurs de Palestine, il faut y ajouter Tibériade, siège de la seule académie talmudique en Terre Sainte, qui, en quelque sorte, pouvait rivaliser avec les grandes académies-sœurs de Mésopotamie.
  4. קדוש (Qiddûsh) est le terme liturgique pour la bénédiction sur la coupe qui inaugure les sabbats et fêtes, הבדלה (Havdalah), celui pour la cérémonie qui marque la fin de ces jours.
  5. קדוש השם (Qiddûsh haShem), la "Sanctification du Nom (divin)" est l’acte religieux le plus élevé que le Judaïsme exige de ses adeptes. Généralement, on désigne par Qiddûsh haShem le martyre, c’est-à-dire le fait de plutôt donner sa vie que de consentir à une infidélité grave à l’égard d’un commandement de Dieu. D’après le Talmud, il faut préférer la mort à trois choses : à l’idolâtrie, à la fornication et à l’homicide. Par extension, l’expression Qiddûsh haShem est employé également pour ceux qui ont laissé leur vie dans les combats engagés au moment de la création de l’État d’Israël. Mais on considère également comme martyrs ceux qui ont péri au cours de la dernière Guerre, dans les camps d’extermination.
  6. Pour bien comprendre les accents, parfois très forts, de cette prière, accents qui vont jusqu’aux cris de vengeance, il faut d’abord essayer de la replacer dans son contexte historique, qui fut l’un des plus pénibles et des plus douloureux du Moyen Âge, époque sombre par excellence pour Israël. La meilleure interprétation de cette prière, sur un plan proprement religieux, semble être celle donnée par S. R. Hirsch, dans son édition du סדר תפלות ישראל (Seder Tefillot Yisrael) (2e édition, Francfort s. Mein, 1906, pp. 350-355). Dans l’intérêt d’une présentation complète et pour ne pas encourager un préjugé déjà trop répandu, qui voudrait découvrir dans le Judaïsme les traits d’une "religion de vengeance", nous reproduisons intégralement, en traduction libre, le beau commentaire de Hirsch : « Si élevées que soient les hauteurs dans lesquelles Dieu trône, et si loin qu’elles soient de toute agitation terrestre, la miséricorde de Dieu est cependant présente ici-bas parmi ses créatures. C’est Lui qui souffre avec ses créatures chaque fois qu’un mal s’abat sur elles, et il se penche avec une pitié particulière sur ceux dont la souffrance a été causée par la malice d’autres hommes qui se sont détournés du droit chemin. C’est d’autant plus vrai lorsque des humains souffrent à cause de leur fidélité à accomplir leurs devoirs à l’égard de Dieu. C’est ainsi que nous prions Dieu de se souvenir de ceux qui ont persévéré dans leur amour pour Lui, qui ne se sont point éloignés du chemin droit, et dont l’attitude morale était irréprochable. Nous prions Dieu pour les individus qui ont agi ainsi, mais aussi pour les saintes communautés qui, restées fidèles à leur vocation, ont scellé cette fidélité de leur sang, payant de leur vie la "sanctification du Nom (divin)" (Qiddûsh haShem). Leur vie durant ils jouissaient de l’amour divin, et la mort ne les a point séparés de cet amour. Ils reconnaissaient Dieu leur קנה (qoneh), c’est-à-dire Celui dont ils étaient la propriété exclusive, à qui ils appartenaient par toute fibre de leur être, et qui seul pouvait disposer d’eux. Ils reconnaissaient en Dieu leur צור (Tsûr), leur Rocher, leur unique rempart, leur Créateur dont seul dépend leur destin. Dans la vie et dans la mort ils avaient conscience d’être dans sa main. C’est cette intuition, cette certitude qui leur a donné l’élan de triompher comme des aigles des tentations et des préoccupations terrestres qui risquaient de les détourner du chemin tracé par le Créateur. Cette certitude les a rendus plus forts et plus vaillants que des lions, lorsqu’il s’agissait de surmonter les difficultés et de résister à des influences néfastes, afin de se conformer à la volonté de Dieu."Que Dieu daigne se souvenir d’eux et qu’il venge sous nos yeux leur sang versé". La conscience que Dieu n’oubliera jamais le sang versé par les innocents, à plus forte raison le sang versé par fidélité à son service, cette conscience et la calme certitude avec laquelle les générations juives de tous les temps ont remis entre les mains de Dieu la vengeance du sang innocent de leurs pères et mères, femmes et enfants, étaient les éléments qui ont permis à Israël de garder les mains pures et de s’abstenir de tout esprit de vengeance outrancier à l’égard de leurs persécuteurs et tortionnaires. Cette conscience intime leur a permis de triompher de toute tentation de vengeance par leurs propres forces, et de rester le peuple le plus paisible quoique le plus cruellement persécuté. Tout cela est le fruit des prières dans lesquelles la vengeance est constamment remise entre les mains de Dieu seul. Pour trois motifs, les nations de la terre sont invitées à se montrer clémentes à l’égard d’Israël, peuple de Dieu. Les Juifs sont עבדיו (‘avadaw), ses serviteurs, les serviteurs du Dieu unique. Comme tels, ils ont mission de faire connaître le Nom de Dieu au milieu des nations. En revanche, ce même Dieu assume le rôle de vengeur de tout sang juif innocemment versé. "Il tire vengeance de ses adversaires". Ceux qui méprisent et piétinent les droits et les devoirs des hommes bafouent par là la suprématie de Dieu., deviennent צריו (tsaraw), ses adversaires, et leur insolence retombera, en fin de compte, sur leurs propres têtes. "Et il opère l’expiation pour son pays et pour son peuple". La manière dont les autres peuples traiteront Israël sera la norme de leur obéissance à la loi morale. C’est en cette obéissance que réside l’hommage rendu à la suprématie de Dieu, et c’est encore par elle que seront pardonnés tous les péchés commis contre le droit divin et les devoirs humanitaires. "Et je vengeai leur sang". Dieu est toujours prêt à pardonner et il renonce souvent à la vengeance, mais il ne manquera certes pas de venger le sang innocent versé par son peuple. Parfois on a l’impression que Dieu a oublié les siens, et alors tout le monde s’acharne contre Israël. Mais tout cela n’est que vaine apparence. En fait, la mission de Sion est d’être le lieu de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Et Dieu continue à habiter en Sion. "Qu’on connaisse parmi les nations la vengeance du sang versé". Ce n’est pas la vengeance qui est l’objet de cette connaissance, mais la personne du Dieu qui tire cette vengeance, ce Dieu dont les peuples idolâtres nient l’existence, puisqu’ils ne se rendent pas compte de sa puissante action. Le sens de cette prière est le suivant : Nous y demandons à Dieu que ces peuples, qui sombrent dans l’ignorance, arrivent à la connaissance de son œuvre, précisément par l’exemple de tout le mal qu’Israël doit endurer. Ainsi satisfaction sera faite à Dieu du sang versé innocemment. Et les descendants de ceux qui, en méconnaissance de Dieu et de la vérité du Judaïsme, ont jadis massacré les Juifs, s’inspireront de la persévérance des pauvres victimes et de la fidélité de leurs enfants, fidélité rendue plus facile par l’exemple magnifique des ancêtres. Finalement, eux aussi arriveront à une meilleure intelligence des valeurs juives. Alors on pourra dire que le sang des victimes innocentes ne fut pas versé en vain. "Tout est rempli de cadavres". Dieu jugera un jour le peuple au sein duquel tout est rempli de cadavres, le peuple dont l’opulence et la puissance sont basées sur des vies humaines sacrifiées, et dont la richesse provient de cadavres spoliés. "Il brise les têtes sur la terre entière". Dieu brisera la force des chefs des nations qui, malgré tout, n’étaient pas les artisans de leur situation privilégiée. Ils ont simplement bénéficié d’un concours favorable de circonstances. Des flots de bonheur et de prospérité jaillissent sur leur chemin. Ils y ont puisé, mais ce bonheur les a rendus pleins d’orgueil.

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